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PREMIER CHAPITRE - part II

Noris s'éloigna. Au-dessus d'elle le corbeau qui avait à nouveau quitté son maître faisait des allers-retours, décrivant des cercles dans le ciel, et une fois que la jeune fille se fut suffisamment écarté du mur d'enceinte, il prit la forme d'un dragon à peine plus grand qu'un chat, et fila vers les cavaliers. Et les badauds qui se trouvaient là semblèrent trouver l'événement parfaitement normal. A vrai dire, cela ne choqua pas non plus la jeune fille qui avait l'habitude de côtoyer ce genre de créatures étranges, dotées de la possibilité de changer d'apparence. En se renseignant, Noris finit par trouver le temple, il faut dire que ce ne fût pas bien difficile, on eut même l'air de lui reprocher de ne pas savoir où il se trouvait.

Le temple était un immense et magnifique bâtiment. Il possédait un parvis grand de deux pâtés de maison, surélevé de quelques marches et gravé d'un pentacle symbolisant un dragon et un Invokeur. Les invokeurs étaient des mages de haut niveau ayant été formés au temple, et au service du dieu de l'empire, Daermon.
Le front du bâtiment était orné d'une grande statue à l'effigie de Daermon, le dragon à la forme humaine tendant un poing vers le ciel toutes ailes déployées, son autre main tenant un bâton qui formait un bas-relief horizontal barrant le bâtiment d'un bout à l'autre de la façade. Le bâtiment était bien haut de trois cents mètres.

L'entrée était quant à elle une grande arche entre les jambes de la statue. Elle donnait sur le hall, une immense salle parsemée de piliers soutenant le très haut plafond. La pièce parsemée de différentes portes sur les flancs et le fond était cerclée d'un balcon, au-dessus duquel se trouvaient les vitraux qui éclairaient le tout. Le sol marbré était gravé de pentacles de même que les murs achevant là l'impression de grandeur que l'endroit dégageait. Il y avait peu d'effigies, seulement quelques unes de grands Invokeurs. Et une seule de Daermon dans le fond. Il y avait beaucoup de passage dans cette salle, on y discutait, riait et pleurait ou bien encore on ne faisait que passer.

Le reste du bâtiment était un véritable dédale de couloirs, donnant sur un grand nombre de salles et de cours dont l'agencement laissait parfois perplexe par rapport à la taille du bâtiment vu de l'extérieur.
Ca et là des membres du clergé allaient et venaient, et elle la jeune fille dut encore mettre une dizaine de minutes avant de trouver l'endroit adéquat pour exprimer sa requête.

Il lui fallait à présent faire la file. Heureusement, l'attente ne fut pas trop longue. Cependant il lui fallut une longue négociation pour obtenir une entrevue avec l'empereur, une semaine plus tard. Car même ainsi, ne voyait pas le souverain qui voulait.
Une fois sortie, elle erra dans la ville, la tête basse, pensive. C'était une jolie ville d'ailleurs. Il y avait foule, et dans chaque ruelle se trouvaient des boutiques et des échoppes de pierre, les rues étaient pavées et au vu des vêtements des gens qu'elle croisait, et de la beauté des maisons, elle en déduisit qu'elle se trouvait dans les beaux quartiers. Peut-être était-ce la raison pour laquelle tout lui semblait si cher, dans cette monnaie qu'elle ne connaissait pas, et dont elle ne possédait pas le moindre sou. Elle avait prévu d'atterrir directement dans le palais impérial, en face d'Altaïr. Mais elle n'avait pas pensé à la barrière magnétique qui protégeait l'édifice. Ajouté à son manque d'expérience, cela lui avait valu d'arriver du mauvais côté du mur d'enceinte, et il s'en était fallu de peu pour qu'elle n'arrivât plus loin encore. Noris soupira. Qu'allait-elle faire pendant une semaine, sans aucun repère, sans même comprendre le langage que les gens du peuple parlaient ? Car hors des grandes institutions, tout le monde ne parlait pas commun. Non, une semaine, c'était beaucoup trop long. Elle erra un moment sans savoir où elle allait, croisant nombre de nobles et de gardes, qui la regardaient étrangement.

« Il faut que je trouve un autre moyen d'entrer... Il me faut un cheval, des vêtements du pays, et un laissez-passer... ça doit bien se trouver quelque part. »

Elle regarda ses doigts sur lesquels elle avait fait l'inventaire. Trois choses qui devaient certainement être très coûteuses... Et elle qui n'avait pas d'argent...

« Je vois qu'un moyen...j'aime pas faire ça...mais visiblement je n'ai pas le choix... »

Noris soupira. Il lui faudrait recourir au vol, c'était la seule solution. Mais elle se dit que dans une grande ville comme ça, il devait sûrement y avoir une guilde organisée avec laquelle elle pourrait traiter contre une part du marché...

Elle était absorbée dans ses pensées si bien qu'elle n'entendit pas le bruit de sabots sur les pavés qui constituaient la route. Un cheval qui s'était emballé arrivait droit sur elle. C'était un petit cheval brun, à la crinière noire, l'air vif. Il finit par passer à côté d'elle mais elle ne réalisa pas tout de suite que la monture qu'il lui fallait venait de lui passer devant. Lorsqu'elle s'en rendit compte, le petit cheval, plutôt bien harnaché, s'était arrêté un peu plus loin boire dans une fontaine publique. Elle courut derrière pour le rattraper. Arrivée à sa hauteur, elle tendit la main vers lui. Il s'agissait de ne surtout pas l'effrayer, et pour cela elle s'aida un peu de sa magie, afin d'augmenter ses chances de mettre le bel animal en confiance.

« Mon jour de chance... »

Elle caressait son doux pelage, attendant qu'il finisse de se désaltérer pour pouvoir le monter, lorsque soudain, elle entendit une voix derrière elle, dire d'un ton essoufflé :

« Merci... »

C'était du commun, Noris fut rassurée d'entendre une langue connue. Elle se retourna. La voix appartenait à un garçon d'une dizaine d'années, aux cheveux blonds, à l'air doux et espiègle. Il portait des vêtements qui à l'origine devaient être de bonne facture, mais venant visiblement de tomber, ceux-ci étaient à présent sales et déchirés. Sur sa tête on pouvait voir deux oreilles pointues, marquant clairement son appartenance à la race elfique. Son regard allant de la bête au petit garçon, Noris finit par faire la relation entre les deux.

« Tiens, voilà ton cheval, lui dit-elle en souriant. Tu vas bien ?
-Oui, c'est gentil de ta part, je ne pensais pas le rattraper, remercia l'enfant.
-Il est très mignon, fais-y attention. Par contre toi, tu m'as l'air mal en point... Tu veux quelque chose ?
-Un chien, répondit l'enfant, ce qui amusa Noris. J'ai un peu mal au dos, mais ça va. »

La jeune fille soupira, il allait lui falloir trouver autre chose, mais au moins, ce petit n'avait rien. Elle lui sourit, puis prit congé en lui disant de faire attention à lui et à son cheval, lorsque soudain, une voix, d'un ton mêlé de moquerie et d'arrogance, vint interpeller le petit garçon.

« Alors Enarlis, tu vides tes étriers plus vite qu'un archange ! »

Un jeune homme d'une vingtaine d'années, peut-être plus, arrêta son cheval juste devant eux, faisant le beau, ses cheveux blonds reflétant le soleil. Richement vêtu, il avait une légère ressemblance avec le petit, et lui aussi avait une apparence elfique. Un autre éphèbe l'accompagnait, il s'agissait de son inséparable ami. Noris n'appréciait pas trop le ton avec lequel le nouveau venu s'était adressé au petit elfe, mais sa beauté avait suffi à la rendre admirative, la jeune fille étant en effet assez superficielle dans son genre. Elle s'adressa au dénommé Enarlis, qui venait de remonter sur son petit cheval. Celui-ci affichait clairement une moue boudeuse.

« Bon, on vient te chercher, c'est une bonne chose, fit Noris.
-Tu parles, répliqua Enarlis d'un ton qui appuyait ses paroles.
-Ce sont tes frères ?
-Mon frère, et son ami...maugréa l'enfant.
-Je vois... m'enfin, c'est déjà mieux que traîner tout seul dans cette grande ville...tenta vainement de le convaincre Noris. »

Mais le petit ne voulait pas donner l'impression de perdre la face, pas devant une jeune fille inconnue, et encore moins donner raison à son frère. Il se tourna vers son celui-ci, l'air accusateur.

« Tu as triché Daran ! Ton cheval a l'habitude de courir en ville !
-Je t'ai dit que ton poney n'arriverait pas à suivre, minus. »

Les deux frères commencèrent à se chamailler, sous le regard amusé de l'ami de Daran. Il était certes beau, mais Noris lui trouvait un petit air crétin cependant. Au moins, il ne prenait pas part à la dispute. Il avait d'ailleurs l'air habitué. La jeune fille se sentait gênée et se dit qu'il lui vaudrait mieux s'en aller.

« Je vais vous laisser, s'excusa-t-elle, et euh...bonne continuation à toi Enarlis. »

Enarlis la regarda d'un air déconfit.

« Mais non, viens !!
-Je n'ai pas trop le temps tu sais...
-Mais ça fera enrager mon frère, oh allez s'il te plaît, supplia Enarlis, à voix basse.
-Il faut que je trouve un moyen d'entrer un palais, une autre f...
-D'entrer au palais ? l'interrompit Daran.
-Oui, répondit la jeune étrangère. Oh et puis, après tout...J'ai une semaine devant moi....
-Allez, monte, dit Enarlis en souriant. »

Noris hésitait encore, mais un regard envers Daran suffit à la motiver. Elle trouvait injuste son comportement envers Enarlis, et si comme ce dernier le disait, cela pouvait le faire enrager... Elle finit par accepter cette invitation d'un hochement de tête et monta, après tout, un peu d'équitation ne lui ferait pas de mal. Daran eut un ricanement dédaigneux et s'en alla avec son ami, tous deux sur leurs grands chevaux. Enarlis demanda alors à Noris, d'un petit ton curieux :

« Que veux-tu faire au palais ?
-Moi ? Euh, et bien, parler à celui que vous nommez « Altaïr »
-Je peux t'aider si tu veux, dit Enarlis d'un ton tout content de pouvoir se rendre utile. Parce que l'empereur, c'est mon parrain ! »

Noris manqua de s'étouffer sous le coup de la surprise. Elle n'y crut pas au début, mais le petit avait l'air tellement fier, un grand sourire fendant son visage, qu'elle comprit qu'il disait la vérité.

« Ton parrain...Et ben ça c'est de la chance ... »

Enarlis hocha la tête pour confirmer.

« Tu m'as rendu service, maintenant c'est à mon tour, ajouta t-il avec un sourire.
-Et bien...merci beaucoup...remercia Noris, gênée.
-Tu ne lui veux pas de mal au moins ? demanda t-il d'un ton soupçonneux.
-Non non, se défendit Noris. De toute façon, même si je voulais, je ne pense pas en avoir le pouvoir, ajouta t-elle ensuite avec un petit rire.
-C'est vrai, répliqua fièrement Enarlis. Surtout avec Morgan ! Allons-y alors !
-Morgan ? s'informa Noris tandis qu'ils passaient la grille sous les yeux du garde ahuri, qui manqua de s'étouffer lorsqu'il aperçut Noris avec le filleul de l'empereur, surtout lorsque celle-ci fit de grands signes pour le saluer, l'air narquois.
-C'est son garde du corps... Ce type me fait peur.
-Bah tu sais, voulut le rassurer Noris, si c'est le garde du corps de l'empereur, il est forcément digne de confiance.
-Il peut battre n'importe qui, même mon père ! Et il s'occupe des leçons d'escrime de l'empereur.
-Tant qu'il ne le surpasse pas...
-Ho, il le surpasse je pense...
-Je ne pense pas...Je ne sais pas, je ne les connais pas en fait... »
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# Posté le lundi 10 octobre 2005 15:51

Modifié le dimanche 04 décembre 2005 07:28

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