Chapitre troisième - Part I

Chapitre troisième
- Tensions, le calme avant la tempête. -





Altaïr mit bien une bonne heure à convaincre Kendrakar de le laisser utiliser les services de Woofang. Kendrakar Annavatar était un homme de grande taille, un elfe, aux cheveux roux et aux yeux verts. Il dégageait cette bonté et cette noblesse qui faisaient de lui un père de famille exemplaire, et le rendaient apprécié de beaucoup. Il était toujours d'excellent conseil. Une fois Altaïr parti, il alla donc chercher Woofang. Cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas vu, revenant à peine d'un voyage. Il lui avait permis d'habiter chez lui, lui permettant ainsi de s'entraîner avec son fils aîné occasionnellement, Daran, bien que les deux jeunes hommes ne pouvaient pas se supporter, et de faire des bêtises avec le plus jeune, Enarlis.

Kendrakar trouva Woofang entrain de s'exercer en douce avec des bâtons ne lui appartenant pas. Le jeune garçon le laissa d'ailleurs tomber de surprise en voyant arriver son maître, et donna un coup de pied dedans pour le planquer sous un meuble.

« Euh...bonjour...commença le garnement.
-Bonsoir, Woofang, répondit calmement Kendrakar.
-Maître, ça va bien ? J'ai eu peur pour vous !
-Soucies-toi de ton entraînement avant ma sécurité. Où en es-tu ? »

Woofang baissa soudainement la tête. Il avait l'air tout penaud. Cela fit sourire Kendrakar.

« Euh bah euh... J'me suis pas vraiment entraîné m'sieur...
-Et à quelle noble tâche as-tu donc consacré tout ce temps ? »

Là, Woofang rougit jusqu'aux oreilles. Mais son maître n'avait pas l'air fâché, il le regardait avec un haussement de sourcil des plus communs. Mais le garçon ne répondit pas. Kendrakar commença alors, pour le taquiner :

« Cela aurait-il un rapport de près ou de loin avec la gent féminine ? »

Woofang rougit encore plus. Il se sentait piégé. Cerné. Et il détestait ça... Gêné, il hocha la tête.

« Ahem... fit Kendrakar. Et comment s'appelle t-elle ?
-Nathalie, répondit Woofang d'une petite voix à peine audible. »

En parler à son maître qu'il ne connaissait presque pas, c'était plutôt déroutant, le jeune garçon ne se sentait pas très à l'aise... Mais sa réponse et son comportement firent sourire Kendrakar, il eut même un petit rire, avant de lancer :

« Décidément, tous les mêmes...
-Toi aussi, se défendit Woofang en fronçant les sourcils.
-Moi et mes deux fils, et mon père aussi je crois... »

Woofang regarda son maître avec un petit rictus amusé sur le visage. Kendrakar continua :

« A ton âge, l'apprentissage est extrêmement difficile, on a souvent « la tête ailleurs ».
-C'est pas l'apprentissage qui m'embêtait, assura Woofang qui ne voulait pas accuser Kendrakar, mais... j'ai pas pu m'en empêcher... »

Kendrakar reprit alors un air plus sérieux, et s'assit. Le garçon leva les yeux vers lui.

« Et euh...Vous désiriez ? demanda Woofang qui ne savait toujours pas s'il devait le vouvoyer ou le tutoyer, alors il optait pour les deux, selon son gré.
-Il faut que je te parle. »

Il avait ce ton qui laissait bien entendre qu'il n'en avait pas du tout envie. Woofang s'inquiéta et pensa qu'il allait le réprimander pour une de ses fugues.

« Je...je suis désolé, je ne partirai plus !
-Ca n'a rien à voir avec ça, tu es libre de tes mouvements, c'est le meilleur moyen d'apprendre à se gérer seul...Viens t'asseoir. »

Woofang obéit et alla se poser à côté de Kendrakar. Il se lança.

« J'aimerais que tu me dises quels souvenirs tu gardes de Shadow. »

Woofang écarquilla grand les yeux. Shadow...cela faisait un an maintenant qu'il était parti de la tour, avait quitté son monde, oublié tout ce douloureux passé. Il se raidit.

« Elle était...puissante...commença le garçon.
-Et ?
-Terrible...
-Servirais-tu sa destruction si tu le pouvais ? demanda alors Kendrakar. »

Woofang fit non de la tête. Il haïssait Shadow plus que tout au monde, et il en allait de même pour sa tour, mais...

« Pourquoi ? s'informa son maître.
-On peut pas... Elle est trop forte, elle me fait trop peur et puis... Tous les enfants qui sont là-bas, leurs parents... ils auraient plus le droit d'habiter dans les villes de Damrézor... »

Shadow était en effet terrible. Il suffisait que l'un des enfants élèves à la tour, bien que le mot esclave conviendrait mieux pour certains, ne commette une incartade pour qu'elle ne punisse toute sa division, et les familles des pauvres malheureux. La trahir, cela revenait à condamner les autres enfants à une torture affreuse. C'était pour cela que jamais personne n'avait rien osé faire contre Shadow. Pas même les seigneurs des autres royaumes : elle tenait ces pauvres enfants à sa merci. Néanmoins, Kendrakar voulait convaincre le garçon. Après tout, peut-être détenaient-ils une réelle chance de venir à bout de celle qui s'était autoproclamée déesse et de ses agissements...
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# Posté le dimanche 23 octobre 2005 18:30

Modifié le lundi 21 novembre 2005 11:35

Chapitre troisième - Part II

« Si Shadow venait à disparaître, ils seraient libres je pense, non ?
-Il y aurait quelqu'un d'autre, répondit catégoriquement Woofang. Il y a toujours quelqu'un d'autre...
-Car figure-toi qu'Altaïr n'a besoin que d'une chose pour la vaincre, pour être sûr de la vaincre, et c'est toi. Pourquoi ne prendrais-tu pas le pouvoir ? »

Kendrakar passa un bras autour des épaules du jeune homme avec un soupir.

« Ca me fait de la peine de te dire ça, mon garçon, reprit-il, mais Altaïr a besoin de toi pour la tuer, je préfère être honnête... Qui sait ce que l'avenir nous réserve, peut-être un souverain plus humaniste ? »

Woofang ne répondit pas. Il détestait Altaïr autant qu'il haïssait Shadow.

« Je te faisais confiance...commença t-il d'un ton froid, sec, sifflant. »

Il se leva.

« Et vous m'avez trahi... »

Le garçon donna un coup rageur dans le vent, suivi du cri qui l'accompagnait, et se mit à courir vers la sortie. Kendrakar se leva.

« Attend ! »

Cela fit sursauter Woofang qui trébucha par-dessus le bâton dans lequel il avait shooté peu avant. Kendrakar alla vers lui.

« Tu t'es fait mal ?
-Ne me parles même plus...siffla le garçon.
-Je t'ai dit qu'il avait besoin de toi pas que tu étais obligé d'y aller. »

Woofang se releva, et épousseta ses vêtements.

« Et vous, vous êtes d'accord avec lui.
-Parce que ce qu'on m'a dit de Shadow ne m'en donne pas une bonne image, se défendit Kendrakar. Mais je t'aime plus toi que la vengeance d'Altaïr. »

Woofang répliqua alors :

« Shadow n'est mauvaise que parce qu'elle a ses propres coutumes, ses propres points de vue...Mais elle, elle ne fait pas la guerre, ne tue pas des innocents... Elle ne se sert que de ceux qui viennent à elle.
-La jeune fille qui est venue demander de l'aide à Altaïr est originaire de ton monde et dit bien le contraire...
-Jeune fille... ? Hmpf, tout le monde ne plait pas à tout le monde. Je ne retournerai pas là-bas. Et toi, tu veux me livrer à Altaïr alors je n'ai plus rien à te dire.
-Absolument pas ! nia Kendrakar. »

Mais Woofang s'en allait déjà en courant. Kendrakar le retint par le col.

« Gnn...laissez-moi partir !
-Arrête un peu de toujours partir bille en tête ! Ecoute, Woofang... Je ne devrais pas te dire ça... »

Kendrakar se tut un instant, puis repris d'une voix terne :

« Mais la ville va être assiégée d'ici peu...Et si je t'ai laissé entendre que tu devrais y aller, c'est avant tout pour t'éloigner d'ici.
-Je préfère mourir ici que retourner là-bas !
-Même pour servir de guide ? »

Woofang hocha la tête. Et il voulait encore moins maintenant qu'il savait qu'il y allait avoir un siège : il était amoureux, et ne voulait pas quitter sa chère et tendre en sachant qu'elle risquait de mourir pendant le siège de la cité impériale.
« Même, répondit-il d'un ton déterminé.

-Bien. Je vais transmettre ton refus à Altaïr. »

Woofang opina à nouveau du chef. Kendrakar le considéra un instant, puis ajouta :

« Mais je t'en prie, ne me fais pas des peurs pareilles, tu n'es pas encore prêt à t'en sortir dans les rues d'une si grande ville.
-Je sais où je vais.
-Surtout avec l'approche d'un ennemi en surnombre... Et si ta Nathalie est de naissance noble, elle ne va pas tarder à quitter aussi la ville.
-Avec des si, on mettrait Damrézor dans une petite boîte. Lâche-moi.
-Tu me promets de ne pas te mettre à courir ? voulut se rassurer Kendrakar.
-Si vous me laissez partir en marchant, ironisa Woofang.
-Partir où ?
-Voir Nathalie. »

Là, Kendrakar sourit, et rajusta la tenue du garçon.

« Promets-moi de rentrer avant minuit. »

Woofang leva les yeux vers Kendrakar. Il fronça les sourcils, et lui lança un regard noir, que l'elfe ne méritait sûrement pas.
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# Posté le dimanche 23 octobre 2005 18:37

Modifié le samedi 29 octobre 2005 12:30

Chapitre troisième - Part III

« J'ai plus d'ordres à recevoir d'un traître.
-Ce n'est pas un ordre, soupira Kendrakar. Quand t'ais-je déjà trahi ?
-Tu viens de le faire en voulant me mettre aux ordres d'Altaïr, répondit sèchement Woofang.
-Je t'ai mis au courant de ses désirs. Je ne t'oblige à rien, et je ne le ferai jamais.
-Et puis, si la cité est assiégée, z'avez qu'à tous partir. Dans les bas-fonds, on sait se débrouiller, on sait se cacher... »

Woofang regarda Kendrakar. Il ne savait plus quoi penser. Quatorze ans, et en pleine crise d'adolescence... Mais le jeune garçon n'arriva pas bien longtemps à fixer son maître. Bien vite, il détourna les yeux. Le sol pouvait se montrer très intéressant en certaines occasions...

« Tu aurais accepté que je fasse ça pour lui...
-Non.
-Vous auriez accepté que je ne sois qu'un simple objet pour lui...
-Ce n'est pas à moi de décider, mais à toi.
-Je pensais que...que je comptais...
-Bien sûr !
-Et vous... et toi tu aurais accepté qu'Altaïr se serve de moi, si j'avais dit oui ?
-Pas de plein gré. Nous avons eu une conversation assez...houleuse sur le sujet. Je crois que je t'aurais demandé de faire très attention, et que j'aurais promis à Altaïr un régicide s'il ne te ramenait pas entier.
-Je ne vois aucune différence entre Shadow et Altaïr.
-... On s'y attache.
-Shadow est moins dictatoriale, assura Woofang.
-Parce que ses sujets sont soumis, répondit Kendrakar. Ce qui est loin d'être le cas des aldariens.
-Ils sont soumis parce qu'ils sont d'accord !
-Mais là n'est pas la question, tu as dit non, tu es assez grand pour décider tout seul.
-Dans l'école, c'est que des volontaires, insista Woofang. Et effectivement, j'ai dit non.
-Alors cesse de faire la tête et sois rentré avant la nuit pour le briefing, dit Kendrakar pour calmer le jeu.
-Et toi...T'aurais accepté qu'on se serve de moi...appuya Woofang.
-Pas qu'on se serve de toi, soupira l'elfe. »

Woofang sembla pensif un moment, puis promit.

« Je partirai pas de la cité. »

Puis il ajouta encore...

« Mais je rentrerai plus. »

Cette remarque fit prendre au visage de Kendrakar un air peiné. Il avait gardé Woofang chez lui depuis près d'un an, et celui-ci ne pensait toujours qu'à s'enfuir. Il ne s'était donc réellement attaché à rien... Mais qu'est-ce qui pourrait bien lui redonner goût à la vie en société, à la liberté ?

« Mais pourquoi ? demanda Kendrakar d'un ton attristé.
-Parce qu'il n'y a que les nobles qui quittent la ville, et qu'ils laissent crever le peuple.
-Le peuple qui ne souhaite pas combattre va être accueilli dans l'enceinte du palais.
-S'il est assiégé, c'est inutile, et débile.
-On évacue les nobles car ils savent où aller en-dehors de ces murs, pour faire de la place, expliqua Kendrakar. L'enceinte du palais est magique, et bien plus solide que les murs de la ville.
-Les pauvres n'ont pas besoin de savoir où aller. Les pauvres sont heureux avec ce qu'on leur donne. »

Kendrakar en eut assez. Il le prit par les épaules.

« Woofang, tu te rends compte de ce que tu dis ? »

Le garçon baissa les yeux, il venait de reprendre raison. Il se sentait honteux.

« Désolé... »

Kendrakar se baissa et ramassa le fameux bâton interdit, celui que Woofang avait tenté de planquer d'un coup de pied, et par-dessus lequel il s'était magnifiquement ramassé. Son maître lui dit alors :

« Tu te débrouilles bien, je vais avoir besoin de toi. »

Woofang ne réagit pas. Il continua :

« S'il te plaît, reviens, à la tombée de la nuit nous ferons un briefing. »

Kendrakar tendit le bâton à Woofang.

« Tu auras besoin de ça. »
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# Posté le dimanche 23 octobre 2005 18:40

Modifié le samedi 29 octobre 2005 12:30

Chapitre troisième - Part IV

Woofang le repoussa.

« J'en ai pas besoin. Je préfère le mien.
-Comme tu veux.
-Celui-là, je ressens rien quand je le touche. »

Woofang disant cela tourna les talons, et s'en alla. Cette fois, Kendrakar ne le retint pas. Il commençait à connaître le garnement, et il savait qu'il reviendrait. L'elfe respira un bon coup, puis alla voir Altaïr.

Le soir, lorsque le garçon revint, la maison était étrangement silencieuse, tout comme le reste de la ville. Il n'y avait personne ; ni les enfants qui jouaient dans la cour, ni Enarlis en train de bichonner un cheval, personne dans la salle d'armes, aucun domestique, bavardant ou traversant la demeure en tous sens. Tout semblait figé, les lumières étaient éteintes, à l'exception du salon. Un instant, Woofang crut qu'ils étaient tous partis sans lui, mais lorsqu'il vit la lumière il fut rassuré. Il se dirigea vers la pièce éclairée, tentant d'être le plus discret possible, il était en retard et ne voulait pas qu'on le remarque. Il entra et se glissa parmi les autres sur la pointe des pieds. Il y avait là Kendrakar, assis dans un fauteuil dos au jeune garçon si bien qu'il ne pouvait pas le voir, Darion l'ami daermoor de l'elfe, en train de jouer du luth, et Daran qui regardait le plafond en écoutant la musique. Darion était plutôt grand, aux cheveux flamboyants. Il portait deux cornes vertes sur sa tête, et dans son dos, deux ailes de la même couleur, sur lesquelles on pouvait voir des reflets jaunes. Une queue se détachait au bas de son dos, écailleuse, de même que sa peau, par endroits. Woofang aimait beaucoup Darion et ne comprenait pas que son apparence et le fait qu'il soit daermoor puisse susciter autant de préjugés. Il resta à l'écart profitant que personne n'ait remarqué son manquement à l'horaire. Darion finit son morceau, puis Daran demanda :

« Où est Woofang ? Il fait déjà quasiment nuit... »

Woofang et Daran ne s'appréciaient pas particulièrement, mais lorsqu'il s'agissait de faire plaisir à Kendrakar, ils mettaient temporairement leurs tensions de côté. Du moins, ils essayaient. Woofang s'avança.

« Je suis là, je suis là... Je euh...je suis arrivé juste quelques secondes après que vous ayez commencé, je voulais pas déranger, mentit-il. »

Kendrakar eut un petit rire. Daran ne trouvait pas ça drôle.

« Pourquoi tu te cache comme ça, demanda t-il avec une moue.
-Ben je voulais pas déranger j'te dis, insista Woofang, détournant les yeux. »

Il se dirigea vers le milieu de la salle se déplaçant en crabe.

« Voilà, j'suis là, mais continuez hein, je vous en prie... »

Il avait un air gêné. Lui qui ne voulait pas se faire remarquer...Kendrakar prit la parole.

« Nous t'attendions, Woofang. »

L'elfe se redressa dans son siège, et posa son verre de vin. Woofang fit une moue en voyant que son excuse bidon n'avait fait que l'enfoncer davantage et que personne ne l'avait cru.

« Alors ? Nathalie ? s'enquit Kendrakar.
-Ca vous regarde pas, répondit Woofang d'un ton tranchant.
-A mon avis, il n'a pas fait que parler avec sa Nathalie, railla Daran.
-Je suis pas comme toi...
-Ca suffit vous deux, les interrompit l'elfe. Demain matin l'ennemi sera devant nos murs, ce n'est pas le moment de vous chamailler.
-Et l'autre, il fait rien, critiqua Woofang en parlant d'Altaïr.
-Les invoqueurs rassemblés au temple seront répartis sur les remparts, ils seront chargés en cas de percée d'aider au repli sur le deuxième anneau de la ville, continua Kendrakar sans prêter attention aux réflexions du garçon.
-Il préfère aller chercher des noises à quelqu'un qui lui a rien fait, et ça fera encore des innocents qui vont mourir...insista celui-ci.
-Altaïr a passé toute sa journée, et va encore passer toute cette nuit à organiser la défense de cette ville ! coupa Daran, défendant l'empereur.
-Altaïr, il est allé faire mumuse en Damrézor !
-Altaïr a le don d'ubiquité, et ce qu'il fait ne regarde que lui...les départagea Kendrakar. »

Il les regardait tour à tour. Woofang, qui ne pouvait décidément plus supporter Daran, depuis un an qu'il se forçait, il commençait à en avoir assez. Il eut un mauvais sourire.

« Bon bah c'est parfait, dit-il. Vu que tout le monde il est beau, il est gentil et que tout le monde il est protégé, j'ai rien à faire ici. »

Il tourna les talons.
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# Posté le dimanche 23 octobre 2005 18:42

Modifié le samedi 29 octobre 2005 12:30

Chapitre troisième - Part V

« Reste ici Woofang, ordonna Kendrakar. Je vais avoir besoin de toi pour me couvrir, demain en cas de percée. Et si je devais recourir à Daermon, j'aimerais que tu veilles à ce que personne ne m'approche.
-Je suis pas un objet, répondit Woofang. On m'a pas demandé mon avis à moi. Cette guerre, je veux pas la faire.
-Tu peux toujours aller te planquer au palais, fillette, lança Daran d'un ton moqueur.
-Contrairement à toi, derrière d'âne, il n'y a pas qu'au palais où j'ai des amis, tu sais, ces gens qui t'aiment bien même si tu les payes pas... ah oui c'est vrai, tu connais pas.
-CA SUFFIT !! cria Kendrakar. »

Il s'était levé. Woofang, effrayé, se tut et recula un peu. Il reprit.

« Ecoutez-moi bien tous les deux ! Vous êtes ici et non pas avec les non-combattants pour votre valeur ! Parce que je vous fais confiance ! Et nous allons tous défendre cette cité jusqu'à notre dernier souffle pour tout ce qui nous y est cher ! Personne n'a voulu cette attaque, et nous avons eu la chance inespérée d'être prévenus !
-Bof, le dirigeant ennemi peut pas être pire qu'Altaïr, répliqua Woofang. »

Il n'en dit pas plus, il n'était pas non plus un traître... Kendrakar lui envoya une belle gifle. Le garçon cracha parterre de mépris, et se sauva en courant. Darion l'attrapa et le ramena dans la pièce, en le ceinturant. Woofang se fit silencieux et fixa le sol, rageur, envoyant des regards meurtriers à Daran, Darion, et Kendrakar. Celui-ci essayait de se calmer.

« Ecoute, Woofang, dit-il de la voix la plus modérée possible. Tu ne sais rien de notre ennemie. Et si Altaïr a des mouvements de colère, cette femme est quant à elle froide et odieuse... Elle est capable de raser cette ville et ses habitants pour s'emparer du trône. Elle a déjà beaucoup tué pour ça.
-C'est tous les mêmes, répondit Woofang d'un ton agacé. Shadow, Altaïr, et cette femme. Ils valent pas mieux les uns que les autres.
-Tu me penses capable de jurer allégeance à quelqu'un comme Shadow ou elle ?
-T'as bien juré allégeance à Altaïr, et puis Daermon, s'il aime tellement sa cité, qu'il la défende... »

Le jeune garçon s'arrêta, il était allé trop loin. Il n'osait plus regarder Kendrakar en face, celui-ci avait d'ailleurs l'air anormalement blessé par ces paroles. Le jeune garçon le sentit et ne décolla plus ses yeux du plancher, hormis pour fusiller Daran du regard. Darion intervint.

« Et il va le faire. »

Le daermoor lâcha Woofang, et continua.

« Mais pour cela il va beaucoup en coûter à Kendrakar.
-Justement, répondit Woofang d'un ton pas très assuré. Ca sert à rien. Je ferai pas cette guerre.
-Après tout ce qu'il a fait pour toi, tu devrais au moins essayer de comprendre. »

Kendrakar se rassit, las.

« Laisse-le partir Darion...
-Papa... intervint Daran. »

Woofang serra les poings, il sentait ses larmes le narguer, mais il ne devait pas pleurer, pas maintenant, pas devant tout le monde.

« Plus tard Daran... plus tard... répondit Kendrakar à son fils. »

Daran se tut, ce fut son tour de baisser les yeux. Darion retourna s'asseoir. Woofang ne bougeait plus, les paroles de Darion l'avaient atteint. Il se contentait de serrer les poings et de fixer le sol, n'ayant qu'une envie, aller se cacher. Un silence pesant s'installa. Alors Darion reprit son instrument, et recommença à jouer. C'était peut-être ça, le pire : le calme avant la bataille. Kendrakar fit signe à Woofang de venir s'asseoir à côté de lui. Il avait décidément l'air incapable d'un vouloir à quelqu'un. Le jeune garçon obéit, et alla s'asseoir. Il avait l'air honteux. L'elfe lui ébouriffa les cheveux avec un léger sourire, puis lui tendit un verre de jus d'orange.

« Tu veux bien m'aider demain ? »

Woofang ne répondit pas. Lorsque Darion acheva son morceau, Kendrakar leva son verre, et déclara :

« Messieurs, à l'espoir de vous voir vivants tous les trois demain soir, et puissent les dieux garder les loups dans les collines et les femmes dans nos lit ! »

Daran et Darion levèrent également tous deux leurs verres en entendant ce vieux proverbe païen du coin. Woofang n'y tint plus et éclata en sanglots, se cachant le visage dans les mains. Kendrakar lui passa un bras autour des épaules. Il ne dit rien pendant un moment, mais cela suffit à rasséréner Woofang. Un moment, il eut l'impression de retrouver le père qu'il n'avait jamais connu.

« Je veux... Je veux pas que tu meures... Je veux pas que Darion il meure non plus... Je veux pas mourir ! s'exclama t-il.»

Il ne dit en revanche rien pour Daran. Cependant celui-ci ne pouvait s'empêcher de sourire en voyant cette scène, et son père consoler Woofang.

« Tu ne mourras pas je te le promets, assura Kendrakar d'un ton qui se voulait rassurant.
-Et vous ? demanda le garçon, inquiet.
-Défendre cette cité est un de mes devoirs. Beaucoup de vies dépendent de moi... La magie est mystérieuse, qui sait comment cela finira...
-T'as pas répondu, insista t-il.
-Je ne peux pas répondre parce que je n'en sais rien, Woofang.
-...Je te protègerai pas. Je suis pas assez fort... Et je veux pas faire cette guerre... Je veux plus voir de guerre...
-Si tu ne veux pas te battre, rien ne t'y oblige. »

Woofang semblait très nerveux. Il était terrifié. Darion lui dit alors d'un ton calme :

« C'est normal d'avoir peur tu sais, nous avons tous aussi peur que toi... Mais la première fois il est difficile de le cacher, tu n'as pas à en avoir honte.
-J'ai pas peur ! »

Mais Woofang n'était pas très convaincant. Il était bel et bien terrifié, et ça se voyait.

« Et c'est pas la première fois, ajouta t-il.
-Avant le lever du soleil je te mettrai en lieu sûr. »

Kendrakar faisait preuve d'un détachement rassurant. Woofang hésita. Il pensait à Nathalie.

« Et avec les personnes de ton choix, poursuivit l'elfe.
-Y en aurait trop. Y aura pas assez de place...
-Uniquement celles qui veulent. Je pensais surtout à Nathalie et éventuellement sa famille.
-Ils sont des milliers comme eux ! Il y aura jamais assez de place !
-Ils seront déjà en lieux sûrs. Le palais a été ouvert pour les protéger. Mais si tu veux être avec Nathalie, je ferai en sorte que vous soyez au même endroit.
-C'est pas la peine. »

Woofang se leva. Puis il se tourna vers Kendrakar, toutefois toujours sans le regarder dans les yeux. Il s'expliqua :

« Si on met vraiment les gens en sécurité, alors j'ai bien encore le temps de passer la voir.
-Elle est probablement déjà partie se mettre à l'abri. »

Kendrakar se leva aussi, de même que Darion et Daran. Woofang soupira. Darion sortit en premier, entraînant avec lui le garçon, pour laisser quelques minutes le père et le fils seuls.

« Nous vaincrons, Woofang, assura le daermoor. Tu n'as pas de soucis à te faire.
-C'est pas le problème... »

Darion lui donna son luth, et sortit dans la cour. Il s'envola. Kendrakar salua Daran qui partit à cheval à l'autre bout de la ville. L'aube n'allait plus tarder. Epuisé, Woofang s'endormit sur place, le luth serré très fort contre lui.

# Posté le dimanche 23 octobre 2005 18:43

Modifié le samedi 29 octobre 2005 12:30