Altaïr mit bien une bonne heure à convaincre Kendrakar de le laisser utiliser les services de Woofang. Kendrakar Annavatar était un homme de grande taille, un elfe, aux cheveux roux et aux yeux verts. Il dégageait cette bonté et cette noblesse qui faisaient de lui un père de famille exemplaire, et le rendaient apprécié de beaucoup. Il était toujours d'excellent conseil. Une fois Altaïr parti, il alla donc chercher Woofang. Cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas vu, revenant à peine d'un voyage. Il lui avait permis d'habiter chez lui, lui permettant ainsi de s'entraîner avec son fils aîné occasionnellement, Daran, bien que les deux jeunes hommes ne pouvaient pas se supporter, et de faire des bêtises avec le plus jeune, Enarlis.
Kendrakar trouva Woofang entrain de s'exercer en douce avec des bâtons ne lui appartenant pas. Le jeune garçon le laissa d'ailleurs tomber de surprise en voyant arriver son maître, et donna un coup de pied dedans pour le planquer sous un meuble.
« Euh...bonjour...commença le garnement.
-Bonsoir, Woofang, répondit calmement Kendrakar.
-Maître, ça va bien ? J'ai eu peur pour vous !
-Soucies-toi de ton entraînement avant ma sécurité. Où en es-tu ? »
Woofang baissa soudainement la tête. Il avait l'air tout penaud. Cela fit sourire Kendrakar.
« Euh bah euh... J'me suis pas vraiment entraîné m'sieur...
-Et à quelle noble tâche as-tu donc consacré tout ce temps ? »
Là, Woofang rougit jusqu'aux oreilles. Mais son maître n'avait pas l'air fâché, il le regardait avec un haussement de sourcil des plus communs. Mais le garçon ne répondit pas. Kendrakar commença alors, pour le taquiner :
« Cela aurait-il un rapport de près ou de loin avec la gent féminine ? »
Woofang rougit encore plus. Il se sentait piégé. Cerné. Et il détestait ça... Gêné, il hocha la tête.
« Ahem... fit Kendrakar. Et comment s'appelle t-elle ?
-Nathalie, répondit Woofang d'une petite voix à peine audible. »
En parler à son maître qu'il ne connaissait presque pas, c'était plutôt déroutant, le jeune garçon ne se sentait pas très à l'aise... Mais sa réponse et son comportement firent sourire Kendrakar, il eut même un petit rire, avant de lancer :
« Décidément, tous les mêmes...
-Toi aussi, se défendit Woofang en fronçant les sourcils.
-Moi et mes deux fils, et mon père aussi je crois... »
Woofang regarda son maître avec un petit rictus amusé sur le visage. Kendrakar continua :
« A ton âge, l'apprentissage est extrêmement difficile, on a souvent « la tête ailleurs ».
-C'est pas l'apprentissage qui m'embêtait, assura Woofang qui ne voulait pas accuser Kendrakar, mais... j'ai pas pu m'en empêcher... »
Kendrakar reprit alors un air plus sérieux, et s'assit. Le garçon leva les yeux vers lui.
« Et euh...Vous désiriez ? demanda Woofang qui ne savait toujours pas s'il devait le vouvoyer ou le tutoyer, alors il optait pour les deux, selon son gré.
-Il faut que je te parle. »
Il avait ce ton qui laissait bien entendre qu'il n'en avait pas du tout envie. Woofang s'inquiéta et pensa qu'il allait le réprimander pour une de ses fugues.
« Je...je suis désolé, je ne partirai plus !
-Ca n'a rien à voir avec ça, tu es libre de tes mouvements, c'est le meilleur moyen d'apprendre à se gérer seul...Viens t'asseoir. »
Woofang obéit et alla se poser à côté de Kendrakar. Il se lança.
« J'aimerais que tu me dises quels souvenirs tu gardes de Shadow. »
Woofang écarquilla grand les yeux. Shadow...cela faisait un an maintenant qu'il était parti de la tour, avait quitté son monde, oublié tout ce douloureux passé. Il se raidit.
« Elle était...puissante...commença le garçon.
-Et ?
-Terrible...
-Servirais-tu sa destruction si tu le pouvais ? demanda alors Kendrakar. »
Woofang fit non de la tête. Il haïssait Shadow plus que tout au monde, et il en allait de même pour sa tour, mais...
« Pourquoi ? s'informa son maître.
-On peut pas... Elle est trop forte, elle me fait trop peur et puis... Tous les enfants qui sont là-bas, leurs parents... ils auraient plus le droit d'habiter dans les villes de Damrézor... »
Shadow était en effet terrible. Il suffisait que l'un des enfants élèves à la tour, bien que le mot esclave conviendrait mieux pour certains, ne commette une incartade pour qu'elle ne punisse toute sa division, et les familles des pauvres malheureux. La trahir, cela revenait à condamner les autres enfants à une torture affreuse. C'était pour cela que jamais personne n'avait rien osé faire contre Shadow. Pas même les seigneurs des autres royaumes : elle tenait ces pauvres enfants à sa merci. Néanmoins, Kendrakar voulait convaincre le garçon. Après tout, peut-être détenaient-ils une réelle chance de venir à bout de celle qui s'était autoproclamée déesse et de ses agissements...