Woofang fut réveillé par Kendrakar qui lui secouait l'épaule...et par un choc sourd et énorme qui fit trembler le sol. Il entrouvrit les yeux, grinchant un peu.
« Que fais-tu là ? s'enquit Kendrakar.
-'Me suis endormi, marmonna le garçon. »
L'elfe tourna la tête vers le ciel. Des projectiles commençaient à pleuvoir sur la cité.
« Viens, je t'emmène au palais. »
Woofang, encore tout endormi, accepta sans broncher. Le pan de mur de maison qui en s'effondrant les manqua de peu, et l'agitation des rues achevèrent cependant de le réveiller. Kendrakar pressa le pas en tenant Woofang par le bras. Celui-ci suivait, se frottant les yeux qui ne voulaient pas rester ouverts.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda t-il
-Aurais-tu oublié que nous sommes assiégés ?
-Ha...déjà...mais je veux pas aller à l'école...répondit Woofang encore dans les choux.
-Si tu ne te réveilles pas tu vas te faire tuer ! »
Woofang secoua la tête. Il bailla. Les deux circulaient difficilement entre la foule qui n'avait pas encore gagné l'enceinte du palais et les troupes de soldats qui commencèrent à se mettre en branle. La foule était encore plus dense à l'entrée...
« Y a des gens...murmura Woofang.
-Oui... »
Kendrakar frappa le sol de son bâton, projetant des étincelles rouges de partout.
« PLACE ! cria t-il. »
Woofang le regardait, impressionné. Les gens s'écartèrent rapidement, et les gardes reconnaissant Kendrakar leur ménagèrent un passage. Ce ne fut qu'une fois à l'intérieur que Kendrakar se décida enfin à lâcher Woofang.
« Bon, dit-il. Tu vas rester ici, d'accord ? Avec ton bâton au cas où »
Woofang hocha la tête. Puis soudain il fit une drôle de tête. Il avait oublié son bâton...
« Euh...zut...
-Woofang, soupira Kendrakar, je suis pressé. Tu arriveras bien à en trouver un autre. »
Le garçon fit la moue. Il n'aimait pas les bâtons qui ne lui appartenaient pas. Pour être à l'aise avec un bâton, il devait le « sentir ». Il avait l'impression que son bâton lui « parlait ». Il avait trouvé le sien sous un amas de choses diverses, et depuis, il n'y avait que celui-ci qu'il acceptait d'utiliser. C'était LE SIEN.
« Oui, sûrement...répondit-il.
-Et si ça devait mal tourner, cache-toi, d'accord ? Je te fais confiance, tu sauras quitter la ville en douce...
-Mais j'ai pas envie...
-Tu iras toujours vers l'Est.
-Je suis pas un lâche...Je fuirai pas.
-Ecoute-moi.
-Oui ? »
Woofang leva la tête vers Kendrakar. Il avait sur le visage un air grave, l'heure tournait, il fallait se dépêcher.
« Tu voudrais mourir pour Altaïr ou Daermon ? Rien ne t'oblige à mourir pour cette ville.
-Alors pourquoi m'as-tu obligé à rester avec toi ?»
Kendrakar enleva un médaillon qu'il portait autour du cou, représentant un dragon dans un cercle. Il le tendit à Woofang.
« Va toujours droit vers l'Est.
-Il y a quoi à l'Est ?
-Des gens qui me sont loyaux.
-Entendu, soupira Woofang. Et toi ?
-Je dois défendre cette ville.
-Je reste avec vous.
-Non, Woofang, tu as dit toi-même que tu voulais venir t'abriter, et que tu ne voulais pas te battre. Il est trop tard pour changer d'avis.
-J'ai pas dit que je voulais m'abriter ! J'ai dit que je voulais pas de cette guerre !
-Et puis ne t'inquiètes pas, moi vivant cette cité ne tombera jamais.
-Justement... »
Woofang baissa les yeux.
« Je veux pas que tu meures...
-Ca va aller. Restes-là.
-Nan. »
Kendrakar soupira, et se redressa, tournant les talons pour couper court à ces « au revoirs ». Mais Woofang avait déjà disparu dans la foule.
« C'est pas vrai... WOOFANG !!! »