Chapitre cinquième - Part I

Chapitre cinquième
- Le prix de la gloire -



Le lendemain fut donnée une grande cérémonie où des prêtresses parées d'or renvoyaient les âmes à Daermon par une magnifique danse, et c'était quasiment toute la ville qui assistait à la cérémonie. William avait offert son hospitalité à Woofang, comprenant que celui-ci ne voulût pas retourner chez Kendrakar. Et aujourd'hui, tous deux assistaient tristement à la cérémonie. Ils ne s'étaient jamais vraiment parlé autrefois, se croisant simplement dans les couloirs de la maison de Kendrakar, et en quelque jours Woofang réussit à découvrir que cet homme était quelqu'un d'agréable, aussi peu contrariant que Kendrakar était pacifique, aussi gentil que Darion, et pourtant, il était militaire haut gradé. Regardant les danses, il dit à l'attention de Woofang, souriant en reprenant la phrase de Darion :

« Je suis sûr que tout ce qu'il a fait cette semaine résonnera dans l'éternité.
-L'éternité, répliqua Woofang, ça sert à rien.
-Tu voudrais qu'on l'oublie ?
-Non !
-Se souvenir, ce n'est pas utile, mais c'est important... pour l'éternité... »

Woofang avait l'air mal à l'aise. William lui sourit. Il soupira.

« L'éternité...ça me fait peur... alors...je me dis, qu'après la vie, y a plus rien...
-Si j'étais homme de foi, je te dirais que la vie d'après est meilleure, que ton dieu t'accueille à bras ouverts dans une magnifique contrée verdoyante...
-J'ai plus de dieu.
-Mais honnêtement, je n'en sais rien.
-Tout ça, c'est la faute à Altaïr !
-Sans lui, Kendrakar serait mort, et cette ville serait tombée. Viens, rentrons.
-Sans lui, je serais toujours tranquille chez moi... et s'il avait été plus compétent, Darion serait pas mort !
-Accuser les gens ne résout pas les problèmes, Woofang.
-Oui mais, ça fait du bien... »

William se détourna de la cérémonie, et s'éloigna de la foule. Le garçon le suivit.

« Je sais... Tu devrais aller voir Kendrakar tu sais... il paraît que les gens dans le coma perçoivent quand-même leur environnement.
-J'ose pas... murmura Woofang.
-Pourquoi ?
-Si je l'avais écouté, se confia le garçon, il en serait pas là... et maintenant, il est dans cet état...
-Et bien vas lui dire que tu as appris la leçon et que tu ne recommenceras pas, que tu regrettes.
-Nan... C'est ça le problème... »

Woofang inspira un bon coup, hésita, puis se lança :

« Je regrette pas...
-Et tu as raison. Il ne faut jamais regretter nos erreurs, c'est comme ça qu'on avance. »

William marchait l'air de rien dans les rues plutôt animées par la reconstruction.

« En fait je me dis que... Peut-être que... peut-être qu'il aurait été mort s'il avait continué la guerre...
-Peut-être qu'il va mourir quand même... Tu sais avec des si on met Karad-him en bouteille...
-Chez nous, ils ont fait ça avec un royaume, de le mettre en bouteille... ils ont oublié de refermer le bouchon, quand ils l'ont jetée à la mer... »

William rit, et poussa la porte de la maison de Kendrakar, celui-ci ayant été transporté chez lui.

« Je vais nous obtenir un « tour de garde » dit-il à Woofang avec un clin d'½il. »

Il y parvint sans trop de difficultés. Kendrakar était allongé dans un lit, et portait un masque étrange lui prenant le nez et la bouche, ainsi qu'un curieux bandage sur l'avant-bras gauche. Woofang ne put s'empêcher de baisser les yeux en le voyant. Il s'avança, regardant ailleurs. William demanda :

« Tu préfères que je vous laisse cinq minutes ?
-Nan. Enfin oui...je sais pas... »

William s'éclipsa. Woofang se tourna vers Kendrakar, toujours sans le regarder, et marmonna des excuses. Son maître gardait les yeux fermés.

« Je...je suis désolé... commença le garçon. J'en ai fait qu'à ma tête... et à cause de moi, vous êtes dans cet état...j'ai été égoïste... et bête... J'aurais dû venir plus tôt, mais je... je me sentais trop coupable, et j'osais pas... alors, j'ai été lâche... la cité est libre, on a gagné...des renforts sont arrivés de l'ouest...ils sont en train de tout reconstruire dans la cité... »

L'elfe fronça les sourcils. Le garçon sursauta. Arrivèrent un certain nombre de personnes et d'agitation dans la pièces, tous se penchant sur l'état de santé de Kendrakar. Le garçon soupira, il savait ce que cela signifiait. Et effectivement, william ne tarda pas à le faire sortir.

« Je...j'ai envie de rester seul, s'excusa Woofang. »

Woofang était à présent hébergé chez William. Un soir, alors que le gamin était confortablement en train de squatter un fauteuil, il vint le voir, et lui annonça :

« Ton... « maître » est réveillé... »

Le garçon se leva d'un bond.

« Je vais aller le voir ! s'exclama t-il.
-Pas si vite, coupa William. Il ne reçoit personne.
-Mais j'ai déjà tellement attendu, soupira Woofang.
-Maintenant il n'est plus sous assistance magique. Il serait bête d'aggraver les choses avec un peu d'impatience non ? Je te dirai quand son état lui permettra de recevoir du monde, et je m'arrangerai pour te faire passer avant la cour.
-...
-Pour l'instant, il vient d'apprendre pour Darion...
-S'il veut bien me voir...Ha, Darion... »

Woofang eut le visage bien sombre tout d'un coup. Le daermoor lui manquait beaucoup. Il avait conservé son luth en y prêtant le plus grand soin.

« Bien sûr qu'il veut te voir, le rassura William. S'il ne t'aimait pas un tout petit peu, tu penses qu'il aurait pris ce risque pour toi ?
-Non...répondit le garçon en secouant la tête.
-Alors cesse d'être si démoralisé. Tout s'arrange, « haut les bannières et haut les c½urs » disait mon père de retour de campagne.
- C'est vrai, se reprit Woofang, mais bon...
-En plus je ne crois pas qu'il aimerait que tout le monde le voie ainsi diminué. »
William revêtit sa tenue noire et rouge. Puis se tourna vers Woofang, et lui dit d'un ton enthousiaste :

« Plus qu'une petite semaine ! Bon, je te laisse, je suis attendu au palais, ne fais pas de bêtises. »

Et l'homme s'en alla. Une semaine plus tard...
Woofang trépignait d'impatience.

« Du calme, j'arrive, j'arrive, fit William en achevant de nouer sa « cravate ».
-Dépêche-toiii !!
-Voilà. »

William attrapa une cape et sortit, suivi de Woofang, qui semblait en sept jours avoir repris goût à la vie. Gagner la maison des Annavatar ne posa pas de problème, et ils trouvèrent Kendrakar assis dans un grand fauteuil, encore un peu pâle, mais en train de dicter une lettre. Woofang accourut, lui sautant presque dessus.

« Maître !
-Mon disciple indiscipliné préféré, rit Kendrakar. »

Il serra très fort le garçon contre lui avant de lui donner une franche accolade.

« Je suis content de voir que tu vas bien, et toi aussi, Will.
-J'ai eu tellement peur pour vous Maître ! s'exclama Woofang.
-Si tu avais eu un peu plus peur pour toi, ça m'aurait évité bien des ennuis.
-Je suis désolé, tellement désolé...
-Et Nathalie ?
-Nathalie ? »

Woofang baissa les yeux, l'air un peu inquiet, et le regard triste, du moins plus qu'à l'accoutumée.

« Je l'ai pas revue... je sais pas où elle est...
-Hum, elle doit s'inquiéter.
-Petit cachottier, le taquina William.
-J'espère qu'elle va bien... rougit Woofang.
-J'en suis sûr, je n'ai pas vu son nom sur les listes de nobles disparus. En réalité nos pertes civiles ont été minimes et on peut s'en féliciter.
-C'est pas une noble...
-Ne m'avais-tu pas dit le contraire ?
-Jamais.
-Hum, je dois un peu perdre la tête... Tu as repris ton entraînement en retard ?
-Non... »

Woofang baissa les yeux, un peu penaud. Kendrakar fronça les sourcils.

« Et pourquoi donc ?
-Sans vous, c'est pas la même chose. »

Woofang s'était, inconsciemment peut-être, mis à vouvoyer Kendrakar, et à le traiter avec le plus grand des respects. Sans doute avait-il compris combien il tenait à lui.

« Woofang, soupira son maître. Il va me falloir plusieurs mois pour remarcher correctement, et un an avant de pouvoir reprendre mon bâton, alors il va falloir t'y mettre car à part des conseils je ne pourrai rien faire d'autre. Et crois-moi rester ainsi vissé à un siège me démoralise.
-Je suis désolé... Je m'occuperai de vous, si vous le désirez.
-Hors de question, j'ai assez de gens à mon service pour ça. Et si tu veux vraiment te faire pardonner, reprends ton entraînement, je compte bien te présenter au prochain concours des corps d'élite.
-Mais...je ne suis pas à la hauteur...
-Raison de plus pour travailler doublement. »

Woofang hocha la tête. Bien que par la suite il ne fût plus question de concours. William s'éclipsa. Kendrakar, la mine assombrie, reprit alors.

« Tu es au courant pour Darion, je suppose.
-Oui...Je suis désolé...
-Ce n'est pas à toi de l'être. J'aimerais juste te poser une question.
-Oui ?
-Sais-tu ce qu'il s'est passé à la fin de la bataille ?
-Des lumières... une rouge et une bleue.
-Je sais ça. Mais sais-tu ce qui a fait exploser la bleue ?
- La rouge. »

Kendrakar secoua la tête.

« La rouge, c'était Altaïr, et il était acculé quand la bleue s'est avancée, quelque chose est intervenu. Hum... »

L'elfe se cala dans son dossier. Woofang, curieux, demanda :

« Vous pensez à quoi ?
-Je crois bien que je viens de réaliser que l'un de mes amis vient de tous nous sauver en abattant avec une facilité déconcertante la pire créature de cette planète.
-Ha oui ?
-Effrayant quand je pense que je ne l'ai jamais vu s'entraîner à quoi que ce soit, ou perdre son calme...
-Qui ?
-Shael Nestelan, le roi des elfes sauvages. »

Woofang fronça les sourcils.

« Cet elfe...il est imposant ?
-Plutôt oui, répondit Kendrakar en souriant.
-C'était peut-être lui que j'ai croisé alors...
-C'est bizarre la légende dit qu'il ne peut quitter sa forêt au risque de condamner son peuple. Et depuis trois mille ans il n'en n'était pas sorti. Du moins, c'est ce qu'on dit... »

Kendrakar eut un sourire en coin et une lueur dans les yeux qui ne présageait rien de bon.

« Woofang, commença t-il.
-Oui ?
-Approche. »

Woofang obéit, méfiant. Il ne connaissait que trop bien cet air qu'affichait l'elfe, et se demandait ce qui l'attendait.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 16:27

Modifié le lundi 30 octobre 2006 05:07

Chapitre cinquième - Part II

« Tu aimerais te faire pardonner n'est-ce pas ?
-Oui, bien sûr !
-Et en ce moment tu tournes plutôt en rond pas vrai ?
-Oui, acquiesça le garçon.
- Bien, dans ce cas je te charge de savoir ce qu'il s'est passé, suis les traces de Shael pour l'interroger. Tu seras mon porte-parole dans cette enquête. D'accord ?
-D'accord, répondit Woofang en hochant la tête.
-Il va falloir commencer par interroger Altaïr.
-...
-Je compte sur toi.
-Il dira rien, répliqua le garçon, l'air pas du tout enchanté.
-Fais donc usage d'un peu de diplomatie ! Ne t'ai-je donc rien appris depuis ton arrivée ?
-Bien sûr que si. Mais je l'aime pas, siffla le gamin.
-Je sais que tu ne l'aimes pas, et je le ferais bien moi-même si je le pouvais... mais prends sur toi.
-Bien... se résigna Woofang. J'y vais...
-Tu ne peux pas savoir à quel point c'est jubilatoire d'arriver à avoir les renseignements qu'on veut de quelqu'un à ses dépens, surtout lorsqu'il est sur la défensive... »

Le garçon soupira. Il demanda à son maître l'endroit où il pourrait trouver l'empereur. Kendrakar s'étira pour attraper un parchemin sur la table et le lui tendit. Woofang lui jeta un regard interrogateur. Il expliqua.

« Avec ça tu pourras aller à ta guise dans le palais et même avoir droit à un peu de son temps. De mon côté je vais essayer de savoir ce qu'il est advenu de Nathalie.
-Merci. Mais elle n'est sur aucune liste... Elle venait des rues...
-Ne t'inquiètes pas, je saurai ce qu'il lui est arrivé, d'une manière ou d'une autre. Je ne suis pas politicien pour rien.
-Merci beaucoup. J'y vais...
-Daran va t'accompagner au palais. »

Kendrakar, d'un signe de main, envoya son fils préparer ce dont ils auraient tous les deux besoin. Il reposa le parchemin sur lequel figurait la lettre que lui dictait Kendrakar, et sortit, suivi par le regard assassin de Woofang. Une fois Daran dehors, Woofang soupira. Décidément...

« J'y tiens, précisa Kendrakar.
-Bien, se résigna le garçon. »

Il sortit. Dans la cour, Daran attendait, déjà à cheval. Il en tenait d'ailleurs un deuxième, destiné à Woofang. Ils partirent. Daran resta muet comme une tombe tout le trajet et ne prêta aucune attention à son compagnon de route. Compagnon de route qui d'ailleurs, faisait de même. Daran avait l'air plus ou moins tendu en fonction des endroits devant lesquels ils passaient, et parfois, pressait l'allure. Soudain, une femme sortant d'un recoin se jeta sur les membres antérieurs des chevaux en hurlant à la fin du monde.

« IL EST TOUJOURS LA ! NOUS VAINCRONS ! »

Ainsi que d'autres termes de la même trempe. Woofang poussa un cri, manquant de tomber. Le cheval fit évidemment un écart, allant même jusqu'à se cabrer. Le jeune garçon était paniqué.

« Woofang ! lui cria Daran. Accroche toi à son cou ! »

Le gamin obéit.

« J'ai pas besoin de tes conseils ! répliqua t-il. »

Le fait de s'accrocher à son cheval permit à Woofang de ne pas tomber en arrière, mais l'animal lui, ne fut pas calmé pour autant. Il piétina légèrement la jeune femme qui ne cessait de hurler dans ses pattes.

« Mais c'est qui celle-la ! s'exclama Woofang. »

Daran, tenant son cheval, détendit son bâton, une magnifique arme, et en pointa l'un des côtés, qui était acéré, sous la gorge de la femme, aux bras déjà bien labourés par le cheval. Cette dernière adressa au jeune homme un sourire parfaitement dément. Daran eut l'air d'hésiter. Il finit par ranger son bâton et tourna bride. La femme hurla à nouveau à leur intention.

« VOUS N'IREZ PAS LOIN BONS PRINCES, IL EST DE RETOUR !
-Viens Woofang, fichons le camp. »

L'intéressa hocha la tête et s'empressa de décamper. A peine deux rues plus loin une ombre sortant de nulle part fit à nouveau devenir les chevaux fous.

« Mais c'est quoi ce bordel ! hurla Woofang. »

Daran se fit éjecter par sa monture et se réceptionna sur les pavés. L'ombre ressemblait étrangement à Sharadeïm.

« Putain Shad ! Tu exagères ! »

Il se releva, se tenant l'arrière de la tête, la chute n'avait pas été agréable.

« C'est pas elle ! comprit son rival »

L'ombre se jeta alors sur le cheval de Woofang, et lui enveloppa la tête. Ce dernier paniqua. Woofang se fit à son tour jeter. Un grand cri accompagna son vol plané. L'atterrissage fut douloureux. Lorsqu'il releva la tête, il vit simplement Nathalie, en larmes, assise parterre.

« Qu'est ce que... Nathalie qu'est ce qu'il y... Nan... c'est pas toi... »

Daran s'approcha sans ranger son bâton. Il la toucha avec et la jeune fille se décala avec crainte. Il fit alors apparaître une lumière blanche dans sa main, qui éclaira Nathalie sans rien changer.

« Putain de connerie de putain de connerie de bordel de merde ! jura t-il affreusement.
-Quoi ?
-Woofang, tu connais cette fille ?
-Oui...pourquoi ? »

Daran rangea son bâton.

« Ne restons pas là, dit-il.
-Mais... »

Woofang n'eut pas le temps de protester, Daran attrapa Nathalie par un bras.

« Viens, dépêche-toi ! ordonna t-il au garçon qui restait derrière.
-La touche pas. »

Daran l'ignora et continua d'entraîner Nathalie avec lui.

« Je t'ai dit de ne pas la toucher ! Nathalie, viens ici...dit Woofang d'un ton protecteur.
-Woofang, il faut gagner le palais au plus vite ! »

Daran, beaucoup plus grand que Nathalie, ne la lâchait pas, celle-ci eut beau se retourner dans tous les sens, ce fut en vain. Woofang s'énerva.

« Elle n'a pas besoin de toi pour avancer ! »

Il se jeta sur Daran.

« LACHE-LA ! hurla t-il, visiblement à bout de nerfs. »

Mais son adversaire savait se battre et le jeta parterre sans peine. Daran commençait effectivement à perdre son sang froid. Woofang tomba au sol, mais se releva immédiatement. Son opposant détendit son bâton alors que Nathalie étouffa un cri. Son petit ami la vit, et aussitôt se calma.

« Tu veux te battre ? demanda Daran avec une colère froide. »

Woofang ne lui répondit pas, se contentant de le fusiller du regard, et le laissa planté là, prenant Nathalie par la main pour l'emmener. Daran les suivit en silence. Ils finirent par entrer au palais, le garçon ruminant de rage.

« Maintenant suivez-moi tous les deux, ordonna son rival.
-C'est bien parce que c'est maître Kendrakar qui a demandé.
-Sinon je t'aurais déjà tué, assura Daran. »

Nathalie, qui n'avait jamais approché le palais de si près auparavant, était intimidée.

« Parle pour toi, répliqua Woofang. »

Il jeta un coup d'½il à sa petite amie, elle pouvait bien voir qu'il ne pensait pas ce qu'il disait. Plus sérieux, Daran reprit.

« Tu vas emmener cette fille à la chapelle, elle a besoin de soins. »

Woofang ne se fit pas prier, même si l'ordre venait de Daran. Mais dès leur arrivée, les invoqueurs présents les prirent littéralement d'assaut et emmenèrent la jeune fille au temple, séparant les deux jeunes gens.

« Qu'est-ce que... Nathalie !
-Woofang ! »

Le garçon tenta une poursuite, mais il fut retenu par un invoqueur.

« Du calme ! ordonna celui-ci. On va s'occuper d'elle.
-Je reviendrai te chercher Nathalie quand tu iras mieux ! promit Woofang. »

Et il se tourna vers Daran, avec un regard des plus hostiles.

« Elle ira mieux, lui dit ce dernier.
-Toi, la ferme.
-Woofang, tu pourrais nous aider à la soigner. Si tu as de l'énergie à dépenser, tu ferais un bon chasseur de fantômes.
-Tu la touches pas, même pour la soigner. Fantômes ? C'est toi que je devrais rendre fantôme.
-Je ne vais pas la toucher, je vais casser la gueule à l'origine de sa malédiction pour éviter de me défouler sur toi.
-Malédiction ? Elle n'est pas maudite !
-Si.
-Tu mens !
-Crois ce que tu veux, moi je t'ai proposé...
-Elle n'est pas maudite ! insista Woofang, plutôt par tentative d'autoconviction. »

Il hésitait sur la voie à suivre. Daran s'éloigna. Le garçon l'interpella.

« Eh ! Où tu vas ! Tu devais me conduire à Altaïr !
-J'ai des fantômes à tuer.
-Maître Kendrakar a dit que tu m'emmènerais !
-Tu connais le palais, débrouille-toi.
-Enfoiré... »

Woofang tourna le dos à Daran après avoir renoncé à lui cracher à la figure, se contentant d'un geste pas très honorable. L'autre haussa les épaules et s'en alla. Le garçon partit dans l'autre sens, se dirigeant vers la salle du trône. Les deux lourdes portes étaient fermées. Il les poussa avec un peu de peine, et entra. La salle était déserte. Même la cour y était absente. De dépit, Woofang shoota dans la porte.

« Raaaah ! Mais c'est pas vrai ! »

Un grand écho lui répondit, mais ce fut tout.

« Je me demande quelle nana il est encore en train de se taper pour pas être là celui-là ! Bon...où est sa chambre...
-C'est moi que tu cherches ? demanda alors l'empereur qui venait d'arriver derrière lui. »

Le garçon sursauta, il ne l'avait pas entendu approcher. Il se retourna. Et répondit :

« Ouais, et c'est bien parce qu'on m'a demandé de le faire. »

Ce n'était pas un ton pour parler à un empereur, mais Altaïr laissait faire. Woofang lui en voulait toujours de l'avoir enlevé de Damrézor, même s'il préférait de loin Kendrakar à Shadow. Mais c'était pour le principe. Altaïr ne lui avait pas demandé son avis, et pour ça, il lui en voulait. La notion de respect de l'autorité était en fait inconnue du garçon. En Damrézor, il y avait Shadow, et Shadow, on la détestait. Il ne pensait pas qu'un jour il puisse y avoir quelqu'un d'autre d'aussi puissant qu'elle. Pour lui, Shadow était au-dessus de tout, on ne pouvait pas lui échapper. Même si bien vite il allait se rendre compte du contraire, il pensait vraiment que cette femme était de rang divin. Et puis... il lui devait quand-même quelque chose...
Woofang regarda l'empereur, qui se tenait là, nonchalamment appuyé au mur. Il demanda, mais c'était bien parce que Kendrakar lui avait demandé de le faire :

« J'ai des questions à t... vous poser. C'est Maître Kendrakar qui m'envoie.
-Dis-lui que c'est Shael qui a tué ma s½ur.
-Votre s½ur ?
-Il comprendra.
-La lumière bleue...C'était votre s½ur ?
-Oui.
-Mais... elle était gentille pourtant, regretta Woofang.
-Pas vraiment non, elle voulait me tuer.
-Justem... ce n'était pas Shael. Il est toujours vivant. La lumière rouge que j'ai vu a explosé !
-J'ai lancé un sortilège contre elle en dernier recours qui a explosé sur son bouclier. Shael est intervenu tout de suite après.
-Ca n'avait pas l'air d'être un sortilège... Et la deuxième boule rouge...pensa se souvenir le garçon.
-IL n'y a jamais eu de deuxième boule rouge, affirma Altaïr. Je suis le seul infernal de cette couleur dans ce monde.
-Mais...
-Non, Woofang, j'y étais. Tu as dû mal voir. »
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 16:30

Chapitre cinquième - Part III

En fait, le garçon venait de se souvenir qu'effectivement il n'y avait qu'une lumière rouge. Mais hors de question d'avouer s'être trompé.

« Mais je l'ai vue ! C'est vous qui avez dû mal voir !
-Je suis sûr de ce qu'il s'est passé. Maintenant si c'est tout ce que tu avais à demander, j'ai autre chose à faire. Alors arrête de fabuler, mon jeune ami. »

Altaïr se détourna et s'en alla. N'entendant heureusement pas la dernière remarque de Woofang :

« C'est vous qui vous foutez de ma gueule, enfoiré... »

La pièce dans laquelle Mynêow Khi Senwa deuxième du nom passait le plus clair de son temps était une pièce aménagée confortablement. Des étagères recouvraient les murs, sur lesquels étaient entreposés divers objets plus farfelus les uns que les autres. Et surtout, au centre de la pièce, un gigantesque sapin. Mais le plafond était bien à quinze mètres de haut, alors il y avait la place. Car la petite fille habitait dans une tour immense. Ce qu'elle aimait surtout, dans sa sorte de salle de jeu, c'était cet écran de verre sur lequel, parfois, défilaient des images.

Et aujourd'hui, ce qui avait capté son attention, c'était l'une des énormes sphères qui servaient de décoration au sapin. En effet, à l'intérieur, des petits points noirs s'agitaient. Et de la sphère se dégageait une sorte d'aura magique. Elle savait ce qu'elle avait à faire. Elle la décrocha de l'arbre gigantesque, faisant bien attention de ne pas la faire tomber, les conséquences pourraient en être graves, et, après avoir contourné l'énorme serpent ailé endormi sur le tapis, elle sortit et passa dans la pièce d'à côté. Là, une femme était penchée sur un échiquier de taille imposante, et l'étudiait d'un air amusé. La petite fille brandit la sphère sous les yeux de cette dame.

« Tatie Shadie, les gens ils ont bougé dans la balle.
-Hm ? Donne voir... »

La petite donna la sphère, l'autre afficha un rictus des plus emprunts de sadisme.

« Intéressant... Meku-chan, je crois qu'on va bien s'amuser.
-Chouette ! »

La fillette alla raccrocher la sphère à l'arbre, et la femme, dans la tête de laquelle plein d'idées des plus farfelues commençaient déjà à naître, se repencha sur son échiquier, avec un air des plus impatients. Même si elle savait ce que cela signifiait. Elle regarda son ventre et sentait bouger cet enfant à l'intérieur d'elle, cet enfant qui n'était pas le sien. Car pour survivre, elle avait dû emprunter ce corps à une jeune fille, celle-ci étant enceinte. Cela privait tout de même l'âme errante de certains pouvoirs, mais ce n'était pas un désavantage, elle l'avait fait exprès. Car son corps d'emprunt n'était pas n'importe qui. C'était une ancienne amie de sa future cible. Cela ne jouerait pas beaucoup, certes, mais ça pourrait tout de même être amusant.

Woofang décida d'aller voir Nathalie. Il se rendit donc au temple. Mais là, on lui répondit que c'était impossible.

« Mais pourquoi ? demanda le garçon.
-Elle doit rester isolée jusqu'à ce que la chimère qui la possède soit tuée ou achève de se décomposer, répondit l'invoqueur.
-Une...une chimère ? Mais c'est impossible... Laissez-moi la voir !
-Non, ce serait dangereux et pour vous, et pour elle. Une chance d'ailleurs qu'elle soit ici.
-Mais je veux la voir !
-C'est non. »

L'invoqueur se détourna. Woofang, qui ne devait son droit d'entrée qu'aux couleurs de la maison Annavatar se retint de hurler. Il alla jusqu'au début d'une des ailes du temple, et où seuls les invoqueurs ayant fini leurs études pouvaient s'aventurer. Elle était bien gardée. Woofang regarda les gardes, et pour la première fois il se mit à regretter de ne pas pouvoir utiliser les techniques de caméléon de Damrézor.

« Laissez-moi passer.
-Je suis navré c'est impossible. »

Woofang soupira.

« Dans combien de temps la chimère aura-t-elle disparu ?
-Tout dépend de son niveau, le renseigna une invoqueuse qui passait là. Les plus mauvaises et les plus puissantes sont coriaces, elles peuvent mettre six mois. Depuis la fin de la bataille ça ne fait plus que quatre mois et demi à tenir, courage. »

L'invoqueuse passa son chemin. Woofang la regarda partir, rageur. Soudain des bruits de sabots ferrés claquant sur le marbre se firent entendre dans le hall. Le garçon soupira et se retourna, curieux de savoir ce qui faisait ces bruits. Ils provenaient de Kendrakar, monté sur un cheval, l'air nerveux, et qui n'avait pas pris la peine de descendre de sa monture. Il ne remarqua pas Woofang, et se mit à donner des ordres.

« Nina ! Yaduwë ! Avec vos hommes à la deuxième tour Nord du second anneau ! Une noir est entrée en secteur habité ! »

En s'approchant, le garçon remarqua qu'il avait une selle étrange, mais en détaillant il s'aperçut qu'elle était tout simplement faite pour lui tenir les jambes. Woofang jeta un coup d'½il aux invoqueurs, et espérait que les gardes également allaient décamper. Deux invoqueuses écartèrent aussitôt la foule et rassemblèrent leurs combattants. Les invoqueurs s'en allaient à cheval ou à dos de chimère, mais les gardes ne bougèrent pas. Woofang soupira. C'est à ce moment là que Kendrakar le remarqua.

« Woofang ! dit-il joyeusement. Que fais-tu là ?
-Je...rien, mentit le garçon. Vous allez bien, maître Kendrakar ?
-Je t'ai déjà dit qu'il était inutile de mentir à un politicien.
-Avec de l'obstination...
-Enfin. Je vais assez bien pour ne plus supporter de rester enfermé. Daran a été assez aimable pour dresser cette adorable bête à son passer de jambes... »

Au nom de Daran, Woofang tiqua. Puis après un nouveau soupir, il avoua.

« En fait... Je passais Nathalie mais... ils ne veulent pas me laisser entrer...
-Ho... Elle a été touchée par un fantôme...
-Une chimère... Mais que sont exactement ces fantômes ?
-Une chimère en liberté, oui, c'est ce que nous appelons un fantôme. Les plus puissants peuvent contrôler les humains et sont une vraie plaie. Les plus faible ont la taille d'un chien et pourrissent dans leur coin... C'est le prix à payer pour utiliser leur magie. Ecoute Woofang, il y a une façon rapide de sauver Nathalie...
-C'est quoi ? répliqua aussitôt le garçon, d'un ton impatient.
-Arelfeld ! appela alors Kendrakar. »

Un des gardes approcha.

« Amène ce jeune homme à son amie, il te l'indiquera.
-Mais...
-Prends Chin'ra avec toi et dis-lui de chercher la marque de la chimère.
-Messire...
-Exécution ! »

A ce moment là Woofang eut dans son regard une sorte de reconnaissance envers son maître qu'on ne lui avait jamais eu auparavant. Le garde lui fit signe de le suivre.

« Va, Woofang, je t'attends. »

Le garçon hocha la tête, et suivit le dénommé Arelfeld. Celui-ci appela une invoqueuse, et lui répéta les paroles de Kendrakar.

« Bon d'accord... Mais je vous préviens, ça peut bien se passer tout comme ça peut s'avérer très éprouvant... »

Ils entrèrent donc dans ce qui ressemblait à un dortoir, une sorte de chambre contenant six lits, bien qu'elle ne soit occupée que par une seule personne. Woofang se fichait bien que cela fût éprouvant ou non, il voulait juste la voir.

« Il va falloir repérer une marque sur sa peau, annonça Chin'ra. Cette marque nous permettra d'identifier la chimère impliquée.
-Et de l'écrabouiller ! s'exclama le garde.
-Moui...fit l'invoqueuse. »

Woofang frémit.

« Et... est-ce que Nathalie...va avoir mal ?
-Moins que ce qu'elle endure actuellement. »

La jeune fille en question était immobile sur un des lits. Assise, les yeux fermés.

« Méfiez-vous, l'avertit Chin'ra.
-Nathalie... »

Woofang s'avança prudemment dans la pièce, puis il se précipita vers elle, l'air inquiet, se méfiant tout de même un peu. Nathalie ne réagit pas le moins du monde.

« Pourquoi elle bouge pas ??? s'alarma le garçon.
-Du calme. Trouvons rapidement cette marque. »

Woofang hocha la tête. Le garde, quant à lui, était resté à la porte. Lorsque la prêtresse toucha Nathalie, celle-ci ouvrit brusquement les yeux. Mais à part ça elle ne bougea pas. Cela fit néanmoins sursauter Woofang, qui lui posa une main sur le front, comme si elle avait de la fièvre.

« Restons calmes, murmura Chin'ra. »

Woofang hocha encore une fois la tête. Nathalie le regarda sans vraiment le voir, puis tourna la tête vers l'invoqueuse avec une lenteur effrayante. En plus de son anxiété, le garçon en avait froid dans le dos... On aurait dit... on aurait dit un zombi... Chin'ra découvrit alors l'épaule de Nathalie. Là où se trouvait la marque. Elle ouvrit des yeux ronds.

« Par Daermon... Ne restons pas l... »

Avant qu'elle ne puisse finir sa phrase, Nathalie avait déjà attrapé Woofang par le cou, et serra si fort qu'elle le broya presque. Mais heureusement, l'invoqueuse réagit promptement en collant la jeune fille au mur avec une sorte de décharge magique. Ensuite, Chin'ra et le garde ramassèrent le garçon, quittèrent précipitamment la chambre, et s'empressèrent de refermer la porte.

« Tu m'étrangles...râla Woofang. Laissez-moi rentrer !
-Non, elle te tuerait.
-Je m'en fiche ! »

Sans l'écouter, les deux le ramenèrent vers Kendrakar, qui attendait dans le hall. Il avait visiblement réussi à calmer son cheval.

« Alors ? s'enquit-il.
-Elle n'est pas répertoriée, répondit Chin'ra.
-Quoi ? »

Woofang fixait le sol, rageur.

« Je veux la revoir !!
-Deux V l'un au-dessus de l'autre, ouverts vers le haut, poursuivit l'invoqueuse sans tenir compte de l'intervention du garçon.
-Mais qui a invoqué ce type de chimère ! Je pensais avoir donné des ordres !
-Sûrement Simbor, il a toujours été jaloux de Morgan...
-Même mort ce crétin me pose encore des problèmes... C'est pas vrai... Woofang, grimpe, on va se défouler tous les deux.
-Mon seigneur... Ce n'est pas prudent...et si...
-Silence, interrompit Kendrakar. Je suis seul à pouvoir réparer cette monstrueuse bourde et je vous préviens, cet écart vous coûtera cher ! »

Chin'ra n'insista pas. Elle s'inclina et s'en alla.

« Mais, et Nathalie ? demanda Woofang.
-Nous allons la sauver. N'as-tu pas compris qu'il faut tuer la chimère pour la libérer ? »

Woofang, même s'il ne l'avait pas réalisé, hocha la tête.

« La chimère est quelque part en ville.
-Allons-y.
-Allez, grimpe. »

Le garçon finit par monter sur le cheval. Un magnifique spécimen noir... qui allait très mal avec le teint de Kendrakar. D'ailleurs la couleur de sa monture était quelque chose d'inhabituel chez lui.

« On va faire quoi exactement ? demanda Woofang.
-Casser du monstre... »

Woofang déglutit. Mais il n'eut pas le temps de répondre que déjà Kendrakar était sorti du hall au galop. Rapidement, le cheval changea de forme pour adopter l'apparence de...Shin-ru. Le garçon n'était pas rassuré du tout. Le dragon en revanche semblait s'amuser. Son maître reprit la parole :

« La chimère qui possède ton amie est une « s½ur » de celle de Morgan.
-C'est-à-dire ?
-En gros... »

Kendrakar posa son dragon sur un rempart, cela lui donnait une sorte de style... « La classe » pensa Woofang.

« Nous cherchons une ombre. Cependant, qu'elle ait tenté de te tuer toi est plutôt bon signe. Chin'ra représentait le seul vrai danger pour elle, mais si elle t'a attaqué en premier, c'est qu'elle t'a considéré comme plus dangereux... Et pourquoi à ton avis ? »

Le garçon haussa les épaules. Il n'en savait rien.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 16:33

Chapitre cinquième - Part IV

« Parce que Nathalie a réagi inconsciemment à ta puissance, et que visiblement elle t'associe soit à sa délivrance, soit à quelqu'un de puissant.
-Mais pourquoi ?
-Va savoir...répondit Kendrakar sur un ton énigmatique. Peut-être qu'elle est très amoureuse de toi. »

Woofang soupira.

« J'espère... murmura t-il. Sinon c'est qu'elle m'a menti...
-Tu sais, répondit l'elfe d'un ton amusé, les femmes...
-Nathalie n'est pas comme les autres !
-Justement. C'est bien ça le problème : y en a pas deux pareilles. »

Encore une fois, le garçon haussa les épaules.

« Tant mieux, dit-il. Si tout le monde avait la même...
-Comme ce serait simple...
-Ha non...
-Bon, on va aller interroger les chasseurs. »

Kendrakar fit descendre Shin-ru, qui reprit l'apparence d'un cheval.

« Ils sauront des choses vous croyez ? demanda le garçon.
-S'ils l'ont croisée ça pourrait nous aider. Sinon, cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. »

Ils atteignirent des quartiers déserts et pas encore reconstruits. Cela donnait un décor plutôt glauque. Woofang soupira.

« On sait à quoi elle ressemble au moins la chimère qu'on cherche ?
-Elle peut prendre la forme qu'elle veut. Ses seules contraintes sont qu'elle a deux yeux rouges et qu'elle doit rester noire. »

Le garçon jeta un coup d'½il à Shin-ru, pas vraiment rassuré.

« Allons, courage, elle aura forcément attaqué des chasseurs. »

Par chance, ils tombèrent sur Morgan. Celui-ci était essoufflé, et il soutenait une prêtresse qui avait l'air mal en point.

« Kendrakar ! Daermon soit loué ! On a un problème... dit Morgan.
-Laisse-moi deviner, une deuxième Sharadeïm ?
-J'en sais rien, mais si c'est le cas elle s'est convertie en flagelleur mental.
-Et merde... Woofang, descends.
-Flagelleur mental... murmura le garçon...
-Woofang, descends de cheval. »

Le garçon reprit ses esprits et obéit.

« Qu'est-ce que je dois faire ? demanda t-il.
-Reste avec Morgan, ton aide ne sera pas de trop. Protégez la prêtresse. »

Kendrakar tourna ensuite à l'intersection, au galop. Woofang n'avait pas l'air très rassuré par Morgan. Celui-ci déposa la jeune femme, sa jambe semblait avoir souffert. Soudain, du coin de la rue, arriva quelqu'un. Plusieurs personnes, en fait. Elles avaient l'air tout à fait normal...aux premiers abords. Woofang s'en méfia. Morgan tira ses armes. Deux lames courbes, dont l'une était dentelée.

« Et merde...
-M'sieur...C'est quoi ?
-Ils sont possédés. Ça se voit à leur façon de marcher. Il faut éviter de les tuer, mais ne les laisse pas approcher. »

Les gens s'avançaient de plus en plus, ils marchaient en lançant un pied exactement devant l'autre. Les deux furent rapidement encerclés. Ils se mirent dos à dos. Woofang avait peur. Et en plus, il n'avait pas son bâton. Morgan lui donna alors un de ses cimeterres. Le demi drow commença à taper dans le tas lorsque les gens arrivèrent à leur hauteur. Woofang quant à lui maniait le cimeterre comme s'il se fût agi de son bâton, mais cela marchait évidemment moins bien avec une lame. Le principal était de se tenir à distance, tout en les empêchant de s'attaquer à la prêtresse. Peu de gens étaient armés, mais les filles leur sautaient dessus comme des harpies. Ne pas les blesser n'était pas très évident, et le garçon avait du mal. Plusieurs coups de Morgan furent les bienvenus de son côté. Au bout de dix minutes, celui-ci fit voler les têtes avec une férocité carrément bestiale.

« J'ai horreur d'être acculé, justifia t-il. »

Woofang eut l'air dégoûté, et effrayé. Mais au moins, plus personne ne les agressait. La prêtresse avait cependant perdu connaissance. Soudain, un éclair noir apparut, et s'arrêta net, prenant une forme féminine, régénérant lentement de ce qui semblaient être de spectaculaires griffures. Sharadeïm.

« Kendy l'a noyée, annonça t-elle.
-Qui ça ? demanda Woofang.
-La chimère pardi !
-Alors Nathalie est sauvée ? »

Le garçon partit instinctivement en direction du temple. Morgan le laissa filer. Il eut cependant un peu de mal à retrouver l'édifice : un peu perdu, et la foule était dense, la ville était grande, tumultueuse et très agitée.

« Et bah enfin... »

Arrivé au temple, Woofang se précipita vers la chambre de Nathalie. Mais une prêtresse s'interposa.

« On ne passe pas....Hey, mais...tu es le garçon qui est venu il y a quelques heures avec messire Annavatar... »

Woofang hocha la tête. Il avait l'air plus qu'inquiet.

« Nathalie...Je peux la voir ?
-Tu as bien vu que ça a failli mal finir la première fois.
-Mais... Maître Kendrakar a noyé la chimère...
-Quoi ? fit la prêtresse qui ne semblait pas en croire ses yeux.
-Il a noyé la chimère.
-On ne peut pas noyer une chimère jeune homme, du moins pas celle qui contrôle ton amie...
-Mais...Sharadeïm l'a dit...
-Qui est Sharadeïm ? Je ne peux pas te laisser entrer à moins que ce ne soit un ordre de messire Annavatar.
-Je sais pas exactement qui c'est... Mais elle est toujours avec Morgan. »

La prêtresse pâlit.

« Morgan...Morgan le semi drow ?
-Le garde du corps d'Altaïr, confirma Woofang avec une grimace.
-Tu penses que la chimère a été vaincue ?
-J'ai un moyen de vérifier, répliqua le garçon avec un regard entendu. »

La femme soupira.

« Si jamais il t'arrive quelque chose je vais me faire excommunier... Bon, viens. »

D'un air reconnaissant, le garçon hocha la tête, et suivit la prêtresse. Celle-ci ouvrit la porte de la chambre où Nathalie était en train de pleurer à chaudes larmes dans son oreiller. Woofang entra et avança doucement vers elle.

« Nathalie...ça va ? »

Elle ne répondit pas.

« C'est fini...Je suis là maintenant, ma pauvre chérie... »

Shinilann s'approcha, et lorsqu'elle prit l'épaule de Nathalie, cette dernière sursauta, laissant échapper un cri de terreur, qui effraya Woofang. Celui-ci le reprocha à Shinilann :

« Nana mais ça va pas ???!!!
-Du calme...je veux juste vérifier... »

Nathalie se dégagea pour aller se terrer dans un angle de la pièce. Son ami soupira, et s'approcha d'elle, doucement...

« Nathalie... elle ne te veut aucun mal...elle veut juste s'assurer que la chimère est bien partie. »

La jeune fille pour seule réaction se retourna pour pleurer contre le mur, allant jusqu'à se taper la tête dessus.

« Elle va se faire mal...va la chercher, murmura alors Shinilann. Regarde sur sa hanche gauche. Si la marque est blanchâtre, plus aucun danger.
-Nathalie calme-toi... Viens dans mes bras... »

La jeune fille n'eut encore une fois aucune réaction.

« Nathalie... »

Celle-ci, toujours recroquevillée contre le mur, continuait de le taper comme si elle venait de découvrir qu'il était solide.

« La musique...elle...Elle n'arrête pas...murmura t-elle soudain.
-Quelle musique ma chérie ? »

Woofang la prit dans ses bras pour l'enlever du mur. Elle se laissa faire mais semblait désespérée de ne pas arriver à lui expliquer ce qu'elle ressentait.

« La musique ! »

Le garçon soupira.

« La musique... fit-il. Oui, bien sûr, suis-je bête !! LA musique ! s'exclama t-il soudain bien qu'il n'eût aucune idée de quoi il s'agissait. On va trouver quelque chose ma chérie... on va t'aider...on va l'arrêter, la musique... »

Woofang lança à Shinilann un regard implorant, il ne savait pas quoi faire. Nathalie hocha vigoureusement la tête, signe qu'elle acceptait l'aide de son ami. La prêtresse fit signe à celui-ci de vérifier la marque.

« Nathalie ma chérie...je peux juste regarder quelque chose ?
-Quoi ? demanda celle-ci en le regardant bizarrement.
-Et bien... te montrer que la chimère est bien partie, répondit Woofang avec un sourire complice. Pour que tu aies moins peur.
-Elle est partie. Ils sont presque tous morts, puis...puis l'eau...le froid et...la musique ! Hooo j'ai vu leurs têtes, n...noyées...dans...dans le sang ! »

Woofang écarta les pans de vêtements qui recouvraient le haut de la hanche de Nathalie. Tout en continuant la conversation :

« La musique...elle est comment la musique ? On va te faire oublier tout ça ma chérie tu verras... »

La marque qu'il découvrit était blanche. Woofang leva le pouce à l'intention de Shinilann pour lui dire que tout était bon.

« Elle est étrange. Si grande, si forte... pas comme la lyre des musiciens en ville...c'est...je ne sais pas... comme des chants, des centaines, des milliers d'instruments !
-Est-ce qu'elle est jolie ? La musique ?
-Je ne sais pas... oui...tellement qu'elle me fait peur... »

Shinilann ouvrit la porte faisant signe à Woofang de sortir. Celui-ci refusa d'un mouvement de tête et reporta à nouveau son attention sur Nathalie.

« On va trouver un moyen, promit-il. On la fera sortir de ta tête... »

La jeune fille se serra contre lui, rassurée. La prêtresse prit alors la parole.

« Viens, Woofang, il vaut mieux la sortir d'ici, il y a des chambres libres chez les novices à l'étage. »

Le garçon hocha la tête.

« Viens Nathalie, on va aller ailleurs, dans une autre chambre. Ca te changera un peu les idées... »

Mais de toutes façons, la jeune fille suivait déjà, ne voulant plus le lâcher. Elle se mit à parler d'un air émerveillé, alors qu'ils venaient d'entrer dans le couloir:

« Tout est si beau, si grand, comme la musique...
-Ha ? Oui... C'est beau... Mais...c'est bizarre que tu entendes une jolie musique après...Ce qu'elle t'a fait subir...
-Elle n'a rien fait, elle... j'étais ailleurs. Je ne l'ai pas vu, jamais... »

Woofang avait l'air inquiet, alors que la jeune fille continuait sa description.

« Ailleurs, il n'y avait rien, je...je n'étais pas...c'était comme... j'étais là mais pas mon corps. Je voyais...partout...pas la peine de bouger ou de parler... Je sentais, c'est tout. Elle communique par sentiments, elle ne m'a parlé qu'une fois avec de la colère et de la haine... Si fortes...ça m'a fait mal... Puis plus rien, je savais que je n'étais pas seule, mais je ne sentais qu'elle... Puis ce déluge si froid...
-Je...je crois comprendre ce que tu dis...enfin c'est pas exactement pareil...
-Tu m'as tellement manqué !
-Moi aussi Nathalie, moi aussi... Je savais pas où tu étais...J'étais tellement inquiet...puis quand je t'ai trouvée ici...J'ai eu tellement peur pour toi...
-Tenez, les interrompit alors Shinilann en ouvrant une porte. Je dirai à messire Annavatar qu'elle est hors de danger.
-Merci beaucoup, répondit Woofang en hochant la tête avec un sourire reconnaissant. »
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 16:35

Chapitre cinquième - Part V

Shinilann lui rendit son sourire, contente pour lui, puis les salua avant de retourner à sa tâche. Woofang désigna un lit à son amie.

« Allez Nathalie, allonge-toi, tu veux quelque chose ?
-Non, merci. »

A ce moment là, des bruits de sabots résonnèrent dans le hall.

« Tiens, ça doit être maître Kendrakar...
-Pourquoi tu l'appelles comme ça ? »

Woofang s'assit à côté de Nathalie. Il avait un petit sourire aux lèvres.

« Et bien... il m'apprend à manier le bâton, et...là où « j'habitais » avant...C'était une formule d'usage. C'est une sorte de marque de respect. Et je lui dois beaucoup.
-Tu ne me parles pas beaucoup de ton entraînement, on dit en ville que c'est un maître sévère.
-Ho, il exige de la discipline mais il est gentil, et puis... »

Le garçon hésita un instant avant de continuer.

« Je le considère un petit peu comme mon père... même s'ils n'ont rien à voir tous les deux... Mais ça, ne va pas le répéter hein ! »

Woofang sourit à Nathalie.

« Ma puce...
-Ton père ? interrogea la jeune fille, curieuse. »

Le garçon hocha la tête.

« Tu as de la chance d'être sous l'aile d'un grand seigneur, reprit Nathalie. Tu penses qu'il fera de toi quelqu'un d'important un jour ?
- Je sais pas. Mais j'ai pas envie d'être important. Lécher les bottes de ce crétin d'empereur toute ma vie, non merci...
-Vous n'en parlez jamais ?
-Non.
-Arrête de maudire l'empereur comme ça oh...
-Tout est de sa faute pourtant !
-C'est un bon seigneur, puis...Sans lui je ne t'aurais jamais rencontré...
-Tu aurais peut-être rencontré quelqu'un d'autre.
-Nan. »

Nathalie se redressa pour embrasser Woofang, celui-ci se laissa faire. Ils ne remarquèrent pas la silhouette qui était apparue dans l'encadrement de la porte, appuyée sur une sorte de canne.

« Ahem...si je dérange, je repasserai plus tard. »

Woofang se retourna, après avoir bien sursauté.

« Maître Kendrakar ! s'écria t-il alors d'un ton joyeux, un grand sourire sur le visage. La chimère...elle est partie !
-Je sais, je sais...
-Merci beaucoup de l'avoir tuée, merci ! »

Woofang sauta au cou de Kendrakar, lequel manqua de tomber, n'ayant qu'un équilibre précaire.

« Doucement...
-Désolé... Nathalie, c'est lui qui a tué la chimère !
-Tiens, rends-toi plutôt utile, dit Kendrakar. J'ai l'impression d'être un vieillard. »

L'elfe s'appuya sur Woofang pour s'asseoir sur le lit, Nathalie s'étant respectueusement écartée. Le garçon quant à lui s'assit à côté de son maître, invitant la jeune fille à s'asseoir sur ses genoux. Mais elle secoua la tête : cela ne se faisait pas devant quelqu'un d'important. Woofang haussa les épaules et se tourna alors vers Kendrakar, demandant d'un ton inquiet :

« Vous allez vous en remettre ?
-Mais oui... En fait... Dans la mesure où Morgan a occis toutes les autres personnes ayant eu un contact avec la chimère je voudrais poser quelques questions à cette jeune fille. Nathalie c'est ça ? »

Le garçon l'invita à s'asseoir à côté de lui, au moins. Cette fois, elle accepta, et hocha la tête pour répondre à Kendrakar.

« Hummm...je te félicite, Woofang, tu as des très bons goûts, reprit celui-ci en souriant, faisant rougir la jeune fille. »

Le garçon passa un bras au tour des épaules de celle-ci d'un air fier, remerciant son maître du compliment. Lequel continua :

« Je ne vous importunerai pas longtemps, vous devez avoir très envie de fêter vos retrouvailles. »

Et Kendrakar se mit alors à poser des questions à la jeune fille. Elles portaient surtout sur ses sensations, lui demandant de les décrire, de les expliquer. Woofang restait à côté et écoutait. La pauvre... Cependant, Nathalie ne parla pas de la musique. Son ami se demandait l'utilité de certaines questions comme quelle était sa couleur préférée, à quand remontait son dernier souvenir...

« Bien, ça ira, conclut l'elfe. Je pense que Nathalie devra rester quelques jours au temple pour vérifier qu'elle n'ait pas de séquelles ou de rechute. »

Woofang la regarda, il se dit que ce serait toujours mieux au temple que dans la rue, mais tout de même...cela signifiait qu'il pourrait moins la voir et puis...il n'aimait pas les temples. Il détestait les dieux. Kendrakar se leva, en s'appuyant sur sa canne. Ce genre de mouvement lui était apparemment encore douloureux.

« Vous voulez de l'aide, maître Kendrakar ? demanda son apprenti.
-Oui, viens avec moi Woofang.
-Et Nathalie ?
-Tu auras tout le temps de voir Nathalie dans les jours à venir et elle doit se reposer. »

La jeune fille approuva les paroles de Kendrakar d'un signe de tête. C'était mieux ainsi. L'elfe s'appuya sur sa canne autant que sur Woofang, pour sortir de la chambre.

« Vous ne devriez pas sortir ainsi, maître Kendrakar.
-Je t'en prie, tu ne vas pas t'y mettre aussi... »

Ils traversèrent le temple pour atteindre un endroit que Woofang n'avait encore jamais visité, et dans lequel régnait un calme irréel, avec cette légère musique qui flottait comme un parfum... Si faible que celui qui l'entend pense qu'elle est le fruit de son imagination, mais si douce qu'on ne peut s'empêcher de tendre l'oreille. Ensuite ils arrivèrent dans une étrange cour, assez petite, bordée de colonnades en marbre, avec en son centre un arbre et une ouverture sur le ciel bleu. Kendrakar s'assit sur un des nombreux bancs qui se trouvaient là avec un soupir. Woofang le regarda d'un air un peu inquiet. L'elfe ferma les yeux avec un sourire, puis demanda :

« Sais-tu où nous sommes ?
-Non, répondit le garçon.
-Dans les catacombes, la partie du temple réservée aux morts.
-C'est joli pour des catacombes...
-En effet, on associe trop souvent ce nom à des souterrains remplis d'ossements. »

Woofang hocha la tête, cela lui rappelait de mauvais souvenirs...

« Mais cette cour en particulier abrite les corps de tous les défunts daermoors.
-Darion...murmura Woofang.
-Oui... Je n'ai pas pu assister à la cérémonie et je le regrette. On m'a dit que Shinilann avait dansé comme jamais... »

Woofang eut soudain l'air un peu triste, il baissa la tête.

« Je savais pas qu'il y en avait une... j'y serais aller sinon...dit-il d'une petite voix.
-Si un autre daermoor devait mourir je t'y emmènerai. Je ne le souhaite pas mais c'est quelque chose à voir.
-... Je m'en fiche des autres daermoors... c'était Darion que je voulais voir.
-Mais il entend tout ce que tu dis. Alors n'insulte pas ses frères.
-Désolé...s'excusa le garçon. »

Kendrakar sourit.

« Sais-tu, Woofang, dans l'antiquité les invoqueurs étaient de simples danseurs, des shaman chargés d'indiquer la route de l'au-delà aux âmes des défunts... La seule magie qu'ils savaient faire. Après la guerre des dieux, quand Daermon est apparu tout puissant, il les a désignés comme ses représentants, et de là est né le clergé tel que nous le connaissons.
-Daermon...soupira Woofang.
-Jusqu'à ce que je prenne la tête du temple, les morts étaient célébrés par des fêtes et enterrés avec des prières. »

L'elfe se mit à rire.

« Peu de gens ont apprécié ce « retour en arrière ».
-Il n'y a rien de drôle...
-Quand j'ai appris qu'ils se plaignaient d'être hantés, je me suis dit que les fantômes étaient mes premiers partisans politiques. Encourageant non ?
-Possible... »

Kendrakar passa ensuite à autre chose de plus sérieux, de plus préoccupant, cela se voyait sur son visage. Woofang aimait bien ces instants passés seul avec son maître, à l'écouter lui raconter toutes sortes d'histoires, légendes ou faits réels. Et ici, dans cet endroit, il se sentait bien.

« La guerre civile a éclaté dans le Nord. Et si on n'intervient pas rapidement, les successeurs potentiels du duc de Mélorie vont entraîner le duché dans le chaos.
-Je vois pas en quoi ça me concerne, râla le garçon qui préférait l'histoire précédente. J'ai toujours trouvé ça idiot, la politique. »

Le garçon soupira.

« Ca sert à éviter des guerres à la base, dit Kendrakar.
-Des guerres ?
-Oui.
-Chez moi, il y avait pas de guerres...chacun avait pareil...des fois y avait des invasions ratées, mais jamais des guerres...
-Ecoute, reprit Kendrakar, tu as suivi avec moi un entraînement supérieur à celui du temple. Tu n'es pas invoqueur à proprement parler mais tu en as toutes les aptitudes.
-Je n'en ai pas la volonté.
-Et ils sont réquisitionnés pour aller calmer les barons du Nord qui se font la guerre entre eux pour devenir Duc. Tu en fais partie... Et c'est Altaïr qui prendra la tête de cette armée.
-Je ne me mettrai jamais au service d'Altaïr ! »

Kendrakar sortit de sa poche ce qui se rapprochait le plus d'une cigarette, c'était en fait du tabac roulé.

« Pourtant tu l'es, dit-il.
-Jamais.
-Je me doutais que tu dirais ça. »

D'un sortilège, l'elfe alluma l'espèce de cigarette. Woofang le regarda d'un mauvais ½il.

« Vous ne devriez pas...dit-il.
-Je sais, je sais, répondit Kendrakar, mais il n'y a que ça qui me calme.
- Après tout....
-Autant que je me souvienne, j'ai commencé pour calmer mon trac avant un combat dans une arène à dragons. Enfin, bref... »

Woofang haussa les épaules.

« Chacun ses raisons, lâcha t-il.
-Comme je me doute bien que tu ne veux pas suivre Altaïr, reprit Kendrakar plus sérieux, et que je ne veux pas te voir traqué comme déserteur ou pendu pour mutinerie, voilà ce que je te propose : va rencontrer le roi des elfes sauvages pour moi, et prends des nouvelles de Seregorn. Je pense pouvoir inclure Nathalie à la troupe si tu veux.
-Ca me dérangerait pas, d'être traqué comme déserteur... Au moins j'aurais un prétexte pour m'en aller...
-Nous traquons les déserteurs de la même façon que nous avons mis la main sur la chimère tous les deux. Et ça me ferait beaucoup de peine que tu finisses entre les molaires d'un dragon. Après tout le mal que je me suis donné à faire de toi quelqu'un capable de tracer sa route. Si tu veux t'en aller tu n'as qu'à le dire et je t'ouvre un portail, il existe tellement de mondes...
-Pour aller où... je peux plus rentrer chez moi...
-Je serais curieux d'aller faire un tour là-bas un de ces jours.
-On n'entre pas si facilement en Damrézor...Qui c'est qui irait avec moi voir Seneron ?
-Seregorn. Fais attention à ce pauvre gosse, il vit le martyr de Nathalie tous les jours. Il peut devenir dangereux, je vais t'affecter Shinilann, elle est très douée et il faut que je l'éloigne de la ville. Alrik et Fox sont de bons soldats à qui un peu de marche ne ferait pas de mal. Vous serez assez de cinq. J'ai prévenu les elfes de votre venue, vous ne devriez rencontrer aucun danger, mais attention quand même, cette forêt grouille d'anges et de daermoors noirs.
-Le martyr de Nathalie ?
-Oui, c'est ce qui le rend parfois dangereux, son esprit fonctionne à l'inverse de celui des gens normaux, et on n'a pas encore pu voir l'étendue de ses capacités. Mais le fait qu'il appelle les dracosires comme j'appelle mon chien est plutôt effrayant. Shael sait y faire paraît-il...en tout cas, depuis qu'il en a la garde, Seregorn ne pose plus de problème. Ton rôle est simplement d'aller voir s'il va bien. C'est une mission de routine, mais ça te sortira un peu de la salle d'entraînement, et tu pourras échapper à Altaïr. »

Woofang hocha la tête, mais il n'avait pas l'air très rassuré. Kendrakar, lui passa un bras autour des épaules :

« Ne t'inquiètes pas, Shinilann est très douée. Elle a déjà tiré Daran du pétrin à plusieurs reprises, et est la première de sa classe.
-Daran...grimaça Woofang.
-Je sais que vous ne pouvez pas vous sentir, c'est juste un exemple. »

Le garçon hocha la tête.

« J'irai, annonça t-il.
-Bien. »

Kendrakar écrasa sa cigarette entre ses mains et la fit disparaître en la frottant. Puis il dit à Woofang :

« Vous partez demain, tu ferais mieux d'aller chercher Nathalie.
-Bien. »

Et le garçon prit congé de son maître.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 06 novembre 2005 16:38