Meku et Altaïr arrivèrent en Damrézor, à l'intérieur même de la tour, là où l'empereur avait tué la déesse. L'arène s'était volatilisée, et la salle avait tout de normal, bien que censée être une salle de classe elle ressemblait plus à un sombre cachot... La gamine regarda la salle désenchantée.
« Vous avez vu comme c'est tout triste maintenant... murmura t-elle. »
Il faisait assez lourd, la salle ne possédait aucune aération, seules les fenêtres l'éclairaient, fermées par un verre épais, et translucide.
« Moi je trouve ça exaspérant, râla Altaïr. Bon, comment on procède ?
-Je vous amène à l'échiquier ? proposa gentiment Meku.
-A moins que tu n'envisages de me donner un cours de géographie ?
-C'était pour être sûre...
-On n'a plus le temps de tergiverser. »
Meku sortit de la salle et déambula dans les couloirs, suivie par l'empereur. Elle se dirigea vers un escalier. Les couloirs, malgré les décorations, semblaient étrangement vides... il manquait quelque chose... la magie... Les deux montèrent un escalier en colimaçon.
« C'est juste l'étage au-dessus, informa la fillette. »
Ensuite, Meku mena Altaïr vers une salle au bout du couloir sur lequel l'escalier débouchait.
« Avec tous ses disciples... pourquoi un pareil étalage de magie... J'aurais dû emmener Woofang histoire qu'il arrête de m'enquiquiner ...
-C'est comme ça ici...Woofang ? fit Meku d'un air intéressé à l'évocation du nom du garçon. »
Dans la salle, il y avait un échiquier. Oh, plein d'autres babioles aussi, mais c'était cet immense échiquier de marbre, au-dessus d'une sorte de cube de verre, qui attirait toutes les attentions. Meku s'en approcha.
« Celui-là, c'est celui de ma Tatie... expliqua t-elle.
-...
-Mais il faut trouver le passage... pour aller à « l'autre. »
L'empereur jeta un coup d'½il circulaire à la salle. Des étagères remplies de livres jonchaient les murs, des jouets de la petite jonchaient le sol, tous plus bizarres les uns que les autres.
« Bon c'est par là, indiqua Meku. »
Elle se dirigea vers un rideau au fond de la salle.
« Y a plus de magie... heureusement qu'il y a le « système de secours » »
La fillette tira le rideau, dévoilant un portail.
« Ca mène où ? interrogea Altaïr.
-Au grand échiquier. A vous l'honneur. »
L'empereur marqua un temps... puis passa, suivi par Meku. De l'autre côté du portail, ils débouchèrent dans une sorte de pièce circulaire, au centre de laquelle, sur le sol, se trouvait un échiquier gigantesque, à échelle humaine. Au bout, du côté opposé, une femme toute vêtue de blanc apparut, l'air un peu surpris. Reconnaissant l'uniforme de Meku, elle prit un sourire plus que moqueur, puis dévisagea Altaïr. Enfin, elle demanda, d'une voix traduisant toute sa grandeur et sa noblesse :
« Vous désirez ?
-On...on est venus pour faire une dame, répondit Meku mal à l'aise.
-Mais bien sûr, répliqua la femme d'un air amusé. »
L'empereur se massa les sourcils.
« Meku... Je ne sais pas jouer aux échecs... fit-il. »
En face d'eux, la femme avait l'air calme, et se contentait de les observer, d'attendre, l'air de se rire d'eux.
« Heu ben...t'apprendras, répliqua la gamine.
-Je plaisante... Si j'ai bien compris, on a perdu la dame ?
-Vous en avez pour longtemps encore ? leur demanda la femme.
-Et faut la récupérer ? continua Altaïr.
-Oui, répondit Meku.
-Mais de quoi parlez-vous ? s'impatienta leur adversaire.
-Et tu ne peux pas faire ça toute seule ? râla l'empereur.
-Ben non... fit la gamine. C'est vous qui l'avez tué.
-VOUS DESIREZ ? s'énerva la femme au bout de l'échiquier.
-Jouer.
-Ben euh oui voilà, comme il a dit le monsieur, jouer.
-IL y a d'autres échiquiers pour ça, répondit la femme. La maîtresse n'apprécie pas d'être dérangée pour si peu.
-Ben nous, on veut faire une dame... enfin, Altaïr... dit Meku. »
La femme regarda la fillette, un sourire aux lèvres.
« Et vous pensez pouvoir y arriver ? railla t-elle.
-Qui ne tente rien n'a rien, répondit l'empereur.
-En déclarant comme ça vos intentions ? Jolie stratégie.
-Je n'ai rien dit moi !
-La maîtresse ne fera qu'une bouchée de vos pions. Et là, ce sera trop tard.
-Ben c'est vous qu'avez demandé, on vous a juste répondu hein... se défendit Meku.
-Bon... »
La femme en blanc disparut et céda sa place à une autre femme, l'air plus méchante, cynique, vicieuse... contrastant bien avec le blanc qu'elle portait et ses cheveux blonds clairs. Meku n'avait visiblement pas l'air très rassuré. Altaïr n'était pas d'humeur à sourire non plus.
« Bonsoir, dit-elle.
-Ben ça c'est du changement, commenta la gamine.
-Alors vous voulez continuer la partie inachevée... supposa la femme nouvellement apparue.
-Celle d'avant était mieux finalement, constata Meku à voix basse.
-En effet, approuva l'empereur. »
La gamine regarda l'échiquier, pour voir où en était le jeu. Mais pour l'instant celui-ci était vierge.
« Alors ne perdons pas de temps, déclara la femme.
-Continuer ? Mais y a pas de pièces, fit Meku. »
La femme écarta alors les mains et les pièces apparurent. Du côté des noirs, il restait un cavalier en G6, une tour en B8, la dame en H8, et le roi noir en E8. Tandis que chez les blancs, il restait une tour en H1, un roi en E1, un pion en C4, un fou blanc en E4, et un autre pion en A6. En gros, les noirs n'avaient que quatre pièces, mais les plus fortes : le cavalier, la reine, le roi et la tour. Les blancs avaient une pièce de plus, mais deux d'entres elles étaient des pions.
« Même la plus petite personne peut faire changer le cours des choses », fit Altaïr.
-Oui, et tu vas nous démontrer ça hein, dis ? demanda Meku un peu inquiète quand même.
-Bon alors... c'est à vous de jouer... Vu que j'ai eu le dernier coup l'autre fois. »
La femme, qui n'était autre que la déesse mineure Tara, éclata d'un rire cynique. Meku regarda l'échiquier. Soudain, à côté de Tara, apparut un homme, qui portait une couronne.